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Pasolini | « Una disperata vitalità »
La morte non è / nel non poter comunicare / ma nel non poter più essere compresi.
jeudi 24 septembre 2026

Pier Paolo Pasolini, « Une vitalité désespérée »
(le poème prend part dans le recueil que fit paraître Pasolini en 1973,
et qui regroupait la plupart de ses œuvres poétiques parus entre 1953 et 1964 ;
il prend place dans la troisième section « Poésie en forme de rose »)Traduction ici de José Guidi, pour la collection Poésie / Gallimard
Come in un film di Godard : solo
in una macchina che corre per le autostrade
del Neo-capitalismo latino — di ritorno dall’aeroporto —
[là è rimasto Moravia, puro fra le sue valige]
solo, « pilotando la sua Alfa Romeo »
in un sole irriferibile in rime
non elegiache, perché celestiale
il più bel sole dell’anno —
come in un film di Godard :
sotto quel sole che si svenava immobile
unico,
il canale del porto di Fiumicino
una barca a motore che rientrava inosservata
i marinai napoletani coperti di cenci di lana
un incidente stradale, con poca folla intorno…
come in un film di Godard – riscoperta
del romanticismo in sede
di neocapitalistico cinismo, e crudeltà –
al volante
per la strada di Fiumicino,
ed ecco il castello (che dolce
mistero, per lo sceneggiatore francese,
nel turbato sole senza fine, secolare,
questo bestione papalino, coi suoi merli,
sulle siepi e i filari della brutta campagna
dei contadini servi)…
— sono come un gatto bruciato vivo,
pestato dal copertone di un autotreno,
impiccato da ragazzi a un fico,
ma ancora almeno con sei
delle sue sette vite,
come un serpe ridotto a poltiglia di sangue
un’anguilla mezza mangiata
— le guance cave sotto gli occhi abbattuti,
i capelli orrendamente diradati sul cranio
le braccia dimagrite come quelle di un bambino
un gatto che non crepa, Belmondo
che « al volante della sua Alfa Romeo »
nella logica del montaggio narcisistico
si stacca dal tempo, e v’inserisce
Se stesso :
in immagini che nulla hanno a che fare
con la noia delle ore in fila…
col lento risplendere a morte del pomeriggio…
La morte non è
nel non poter comunicare
ma nel non poter più essere compresi.
E questo bestione papalino, non privo
di grazia — il ricordo
delle rustiche concessioni padronali,
innocenti in fondo, com’erano innocenti
le rassegnazioni dei servi —
nel sole che fu,
nei secoli,
per migliaia di meriggi,
qui, il solo ospite,
questo bestione papalino, merlato
accucciato tra pioppeti di maremma,
campi di cocomeri, argini,
questo bestione papalino blindato
da contrafforti del dolce color arancio
di Roma, screpolati
come costruzioni di etruschi o romani,
sta per non poter più essere compreso.
Comme dans un film de Godard : seul
dans une voiture qui file sur les autoroutes
du Néo-capitalisme latin — de retour de l’aéroport —
[où j’ai laissé Moravia, pur parmi ses valises]
seul, « au volant de son Alfa Romeo »
sous un soleil indicible en rimes
qui ne soient élégiaques, parce que d’ordre céleste
— le plus beau soleil de l’année —
comme dans un film de Godard :
sous ce soleil qui saignait immobile
unique,
le canal du port de Fiumicino
— un canot à moteur qui rentrait sans témoins
— les pêcheurs napolitains couverts de haillons de laine
— un accident de voiture, avec une maigre foule autour…
— comme dans un film de Godard — redécouverte
du romantisme au cœur
du cynisme néo-capitaliste, et cruauté —
au volant
le long de la route de Fiumicino,
et voici le château (quel doux
mystère, pour le metteur en scène français,
sous ce soleil troublé, séculaire, sans fin,
que cette grosse bête pontificale, avec ses créneaux,
au-dessus des haies et des lignes d’arbres de la maussade campagne
des serfs paysans)…
— je suis comme un chat brûlé vif,
écrasé sous les roues d’un gros camion,
pendu par des gamins à un figuier,
mais avec encore au moins six
des sept vies qu’il possède,
comme un serpent réduit en bouillie de sang,
une anguille à moitié mangée
— les joues creuses sous les yeux battus,
les cheveux horriblement clairsemés sur le crâne
les bras amaigris comme ceux d’un enfant
— un chat qui ne veut pas crever, Belmondo
qui « au volant de son Alfa Romeo »
dans la logique du montage narcissique
se détache du temps, pour mieux s’y insérer
Lui-même :
sur des images qui n’ont rien à voir
avec l’ennui des heures à la file…
avec la lente splendeur à en mourir de l’après-midi…
La mort, ce n’est pas
de ne pas pouvoir se comprendre
mais de ne plus pouvoir être compris
Et cette grosse bête pontificale, non dépourvue
de grâce - le souvenir
des concessions des propriétaires terriens,
innocentes, au fond, comme était innocente
la résignation des serfs —
sous ce soleil qui fut
au long des siècles
en des midis par milliers,
ici, l’hôte unique,
cette grosse bête pontificale, crénelée,
vautrée parmi les fins peupliers de la maremme,
les champs de pastèques, les digues,
cette grosse bête pontificale, blindée
par les contreforts à la douce couleur orange
de Rome, lézardés
comme constructions étrusques ou romaines,
est sur le point de ne plus pouvoir être comprise.
