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Jrnl | Car le silence mortel ne se tait pas
[26•02•09]
lundi 9 février 2026

Parole d’attente, silencieuse peut-être, mais qui ne laisse pas à part silence et dire et qui fait du silence déjà un dire, qui dit dans le silence déjà le dire qu’est le silence. Car le silence mortel ne se tait pas.
Maurice Blanchot, L’Écriture du désastre
Lumière de novembre sur février des premiers jours déjà agonisants — et partout dimanche, ce lundi soir qui miroite dans les dimanches après-midi de l’enfance sous le ciel d’Artois répandu partout jusqu’à donner la main à ces nuages de Méditerranée qui n’ont jamais de nom, s’enfuient, se terrent quelque part d’où ils finissent toujours par revenir, sur moi. William Blake, de nouveau ouvert sur la table de travail — pourquoi ? Et le feu, et le sacré, et même les morts de Bárcena, et le désastre, et l’écriture, et « étreins-toi », et tous les livres qu’un seul suffit à appeler à lui en moi, et qui ne vient pas, et que je poursuis, comme une mauvaise lumière de théâtre. Et le reste : de la pluie, je ne sais pas, elle tombe pire que des larmes, et tout ce regret qui vient au moindre souvenir, au moindre — le ciel en est témoin, et il ment dès qu’il prête serment.
Il faut plutôt penser que Narcisse, voyant l’image qu’il ne reconnaît pas, voit en elle la part divine, la part non vivante d’éternité (car l’image est incorruptible) qui, à son insu, serait la sienne, et qu’il n’a pas le droit de regarder sous peine d’un désir vain ; de sorte que l’on peut dire qu’il meurt (s’il meurt) d’être immortel, immortalité d’apparence qu’atteste la métamorphose en fleur, fleur funèbre ou fleur de rhétorique.
Le bouquet de fleurs mortes devant moi ne cesse de mourir pour la même raison qu’il fut vivant : n’être pas là — devant moi — ce qui n’existe à cet instant que pour que je le voie, l’écrive sans pouvoir trouver les mots, et l’abandonne, comme tout le reste.


