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Jrnl | Et en outre, plus, et autre chose
[26•07•07]
mardi 7 juillet 2026

Dans l’espoir qu’un monde soit exhumé par le langage, quelqu’un chante le lieu où se forment le silence. Ensuite, il découvrira que ce n’est pas parce qu’elle montre sa fureur que la mer existe, le monde non plus. C’est pourquoi chaque mot dit ce qu’il dit, et en outre, plus, et autre chose.
Alejandra Pizarnki, « Le mot qui guérit » (L’Enfer musical, 1971)
N’attendons pas tout de la fin du monde. Tant de choses n’appartiennent qu’à ce qui nous échappe — dans les rêves (cette nuit, la punition consistait à assister à la conférence d’un grand écrivain, et j’aurais passé la nuit (il faisait grand jour) à ruser pour y échapper, gagner le large, découvrir la ville inconnue si près), dans cette minute qui précède le sommeil aussi, dans le souvenir de la voix des morts. Il se pourrait bien que cette fin, tant attendue, ne nous délivre d’aucun mal : qu’un autre monde vienne lui arracher la couronne et se proclame empereur. Non, la fin du monde ne règlera pas tout : les cauchemars qui nous attendent déjà dans le règne des fins, les douleurs au réveil, les mauvaises Chutes et les souvenirs qui assaillent, les voix des morts qui ne nous consoleront pas. Dans le réel émancipé qui vient, on emportera aussi l’échec de ce monde-ci, et c’est avec lui qu’on le bâtira aussi.
Le monde comme terrain d’une expérience morale où il s’agit de devenir sans cesse quelqu’un d’autre – et on n’y parvient jamais tout à fait, on recommence.
L’expression : « il ne manquait plus que cela ». Une catastrophe après l’autre s’ajoute au désastre, s’ajuste à lui — la catastrophe appelle au désastre, la nomme et l’engendre.
La soif, ces jours, est l’expérience métaphysique qui nous relie, immanence implacable, délires, fil qui nous tire vers tous les ruisseaux glacés de cette vie qui, quelque part, existent encore – et le Río Desaguadero donne la main à La Salindrenque, on y puise de quoi faire durer le désir, où notre visage se trouble au contact de la main qui vient y puiser sa forme. La soif, l’autre nom de ces jours.

