raison merveilleuse et imprévue (le geste de nos mains)
7 mars 2013



Il est l’amour, mesure parfaite et réinventée, raison merveilleuse et imprévue, et l’éternité : machine aimée des qualités fatales.

Rimb.

Vu du ciel, tout est si profond et net à la fois ; et depuis nos rues, les paysages sur lesquels on se cogne, les façades levées simplement pour arrêter la vie qui court, peut-être, quelque part, une rivière où on laverait notre linge et auprès de laquelle dormir pour attendre qu’il sèche ; mais la ville enfoncée dans nos gorges partout, ce garçon magnifique qui attendait dans l’embrasure de sa porte et qui m’a regardé, moi qui courrais, qui courrais tant.

Ces sept derniers jours passés comme avant de courir et après de courir, et au pli de la course, rien que la course pour rejoindre ; mais après l’essoufflement, et le vide en soi, et le vertige quand on se penche depuis le ciel et qu’on voit la vie qui s’approche, on ne sait pas si on tombe ou si c’est la terre qui vient si vite dans son mouvement lancé comme la vie à sa propre poursuite.

Il y a demain le ciel qu’on annonce, les nouvelles mauvaises qui déjà ont été écrites comme on fait le décompte des morts avant la guerre, des boucles de cheveux qu’on coupe comme le temps pour le mesurer — ce n’est pas livrer bataille qui compte, c’est risquer sa peau —, il y a demain sur l’affiche ce qui se promet et ne sera pas accompli, et tant pis (tant mieux), ce qu’on a déposé dans le temps qu’il fera et qui ne nous appartient pas, cela a déjà été réalisé, sans nous, hors de nous ; ce qui nous appartient encore tient dans le corps inventé du corps, et comme la caresse produit le corps prolongé de son désir éclaté comme de la soif, au ciel il faut lui inventer ses devenir en dehors de ce qu’il fera.

Si cette vie manque, il faudra la consoler de n’être pas à elle-même la mesure de toute chose. Si cette vie fait défaut, il faudra nommer les mots qui la nommeront. Et si cette vie s’effondre devant nous, c’est qu’à nous revient la charge de faire le geste inverse, de nos mains.


arnaud maïsetti - 7 mars 2013

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