la procession des équinoxes (pouvoir de l’Est)
20 mars 2013



Depuis lors, la Lune entendit les chacals piaulant par les déserts de thym, — et les églogues en sabots grognant dans le verger. Puis, dans la futaie violette, bourgeonnante, Eucharis me dit que c’était le printemps.

Rimb.

Le printemps, hier, aujourd’hui, demain, on ne sait plus, personne n’est d’accord, c’est peut-être mieux ainsi — juste image des choses, du monde, de l’idée qu’on se fait des choses et du monde, de l’état du réel. Est-ce si important ?

Aujourd’hui donc, ou demain, hier peut-être, le jour égal à la nuit, heures sur heures parfaites comme une superposition d’ombre et de lumière ; et à l’intersection précise des rayons l’autre interception précise de nos corps, ici pour recevoir à part égale le jour et la nuit — une certaine manière de distribuer le temps aussi.

Et soi-même : où, entre ces équilibres de forces, déposer son corps pour tendre également au jour et au soir : ici, oui, c’est là qu’on se trouve le mieux pour cela, alors on se tient là, on n’attend plus, ici on marche dans le jour qui se lève et se couche à égale distance de mon ombre qui elle aussi va s’avancer et s’effacer à même lenteur pour aller vers le déséquilibre.

C’est le pouvoir de l’Est.

Entre la ville et la terre, une gare toujours ; sur ses horloges, les traces de doigts et des morsures dans le cou qui disent : il n’est pas l’heure, encore, demeure, demeure encore un peu.

Mais c’est ce que j’ai appris, alors, ces derniers mois : avant je trouvais ce jour précis ajusté comme un hasard, et tout le reste, la norme déréglée du monde, en retard, en avance, on ne sait jamais, ne saura pas davantage à coup de livres, de corps rencontrés pour qu’ils nous disent tout, son contraire, et davantage. Maintenant, je sais bien que c’est tout un mouvement de balancier pour atteindre l’équilibre, que l’équilibre est en chacun des points comme d’un mouvement de pendule qui ne cesse de joindre le centre de l’axe et d’y revenir pour faire aller le temps avec lui.

Que le déséquilibre est comme d’un pied sur l’autre on avance : et si marcher est une chute qui ne rencontre jamais le sol, alors je veux bien marcher ainsi. S’il faut tomber, c’est parce qu’il y a un trou au dedans de la ville, ou que la route cesse, ou que le corps s’effondre de lui-même : jamais cela n’appartient à la marche.

J’ai pris — tous les mercredis à 18h — une image par la même fenêtre : voir le jour résister, pas à pas, à la nuit, comme un film lentement déroulé dans le cadre. Est-ce que c’est la nuit qui mord sur le jour ? Ce soir, le jour est là en entier, on dirait. Et demain davantage, donc.

Ou peut-être hier — l’image des choses, du monde, impossible de savoir si elle est déjà passée, ou en avance : moi, je sais seulement que mon poids posé sur le sol fait rouler la terre à la vitesse de mes pas, et dans les rues que je longe, l’ombre que je laisse n’appartient qu’au temps passé à renoncer à elle ; demain le jour insistera encore un plus, pressé d’atteindre la nuit merveilleuse qui tombera, je l’ai noté, le vingt-deux septembre à vingt heures quarante-quatre, et huit secondes ; et alors : où mon ombre, où ma main pour en caresser l’ombre, et où le sol de mes pas — marche, que la nuit suive.


arnaud maïsetti - 20 mars 2013

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