autoportrait à la transparence des corps
3 mai 2013



sur mon reflet, quelque chose comme ce qui s’efface des vers de Blake, "To see a world in a grain of sand / And a heaven in a wild flower, / Hold infinity in the palm of your hand / And eternity in an hour", et qu’efface davantage la réécriture de Dylan, en la produisant : oui, parfois, je me retourne, il y a quelqu’un, là, et parfois, c’est seulement moi ; suspendu à l’équilibre de la réalité humaine, comme la chute d’oiseaux en averse, comme chaque grain de sable fait tomber le temps.

Et puis, c’est là qu’est le travail, celui qui conjoint la marche d’Eurydice, et le regard de Narcisse, la voix d’Écho : qu’à force de se regarder, on arriverait à évanouir ses contours, à traverser le corps non pour le laisser dissoudre dans le tout des choses incertaines, mais pour faire de ma silhouette celle de la ville autour, et qu’à force de regarder mon corps disparaître dans les contours de la ville, ce sont les contours de la ville qui viendraient à disparaître, à leur tour, derrière quelque chose de plus grand.

Qu’enfin la terre vienne, derrière mon corps effacé, derrière la ville entièrement perdue.

Hier, j’ai tellement cru le jardin que j’ai voulu m’y allonger, mais je n’étais assis que dans la rue, à la table d’un café comme mille autres, le café lui-même assis à lui-même, adossé à la ville – et moi aussi ; j’ai pensé : le jardin, c’est quand il y a du ciel (j’ai pensé au jardin de mon grand-père, dans la ville aussi, un potager très grand avec un bassin à têtards, je crois, et des arbres à fruits, quand on y allait, c’était pour faire la sieste, je pensais (j’étais un enfant) : c’est ainsi qu’on fait grandir les fruits, sans doute : en faisant la sieste – pour moi, Marseille, c’était le petit jardin).

Un dernier regard sur mon corps, dans la ville : il a presque disparu en elle, presque (il faut conserver ce presque : non pas se dissoudre, et perdre de vue cela, qui me constitue, mais chercher les porosités qui joignent), et sans doute est-ce l’amour, aussi, des corps qui échangent leurs corps pour mieux perdre leurs contours, s’inventer un corps de l’autre, rejoindre ce qui a été séparé jadis, et qui nous a donné naissance.


arnaud maïsetti - 3 mai 2013

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