au mois de juin (mais voilà, à la fin)
1er juin 2013





Or, n’est-ce pas joyeux de voir, au mois de juin
Dans les granges entrer des voitures de foin
Énormes ? De sentir l’odeur de ce qui pousse,
Des vergers quand il pleut un peu, de l’herbe rousse ?

A. R.

Tout ce mois sur les routes, et finalement je n’ai pas cessé d’être sur le retour, comme si je n’avais finalement fait que revenir – et je suis revenu ; je n’étais pas parti, je ne partirai pas, ce n’était pourtant pas faute de. À la fin du mois de mai, c’est toujours avril, mars, toujours la même pluie (ce n’est pas la même pluie) dans le même ciel un peu plus long à se coucher, et dehors le noir, dans les nuages. Si le temps a passé, je le vois dans les lilas en fleurs sur la place : je ne les ai pas vus éclore, et mes cheveux ont poussé sans moi.

De voir des blés, des blés, des épis pleins de grain,
De penser que cela prépare bien du pain ?...

A. R.

Dans les trains, ouvrir assembler affermir les chantiers - après l’écriture de la pièce, et jusqu’à l’hiver dernier, je n’avais pas vraiment pu. Le train aide aussi dans l’emportement à aller au-devant de soi (même si toujours dans les gares, toutes les mêmes, l’alentissement soudain est si fort, et l’impression d’attendre, de l’attente pure, alors qu’il faudrait). Puis, le site a été fermé, je ne sais aps vraiment pourquoi : encore ces moments de retraits imposés dans l’écriture et il faut les accepter. Dans le chemin de dépouillement de ces jours et les renouements, prendre la part de tendresse, de violence, d’évidence. Regarder la ville, regarder la terre : oh comme ce qui y pousse n’est pas seulement verticalement du sol au ciel, mais dans le chemin qu’on épouse comme on se fiance, tendre vers ce qui se repousse à chaque pas, qu’on nomme cela horizon ou la mer, ou demain peut-être si, un jour, demain a lieu.

Oh ! plus fort, on irait, au fourneau qui s’allume,
Chanter joyeusement en martelant l’enclume,
Si l’on était certain de pouvoir prendre un peu,
Étant homme, à la fin ! de ce que donne Dieu !

A. R.

Jamais sûr, non, que ce lieu de soi existe, et d’habiter au présent nous rend auprès de ce lieu plus fragile, plus sûr aussi que c’est en soi qu’on l’inventera, la possibilité du lieu d’ailleurs. Où habiter ? (peut-être la réponse est là : un espace intérieur). Si l’écriture est dans sa violence, la déchirure et l’évidence, ce n’est pas qu’elle soit naturelle ou contrainte, mais c’est qu’elle est une manière comme une autre, ni privilégiée ni secondaire, d’éprouver les soubresauts de soi et de les provoquer, qu’à la fin on ne sache rien. Comme on lève les yeux au ciel fait basculer le soleil, ou que le regard sur les oiseaux les fait traverser, et dans les augures on ne lirait rien d’autre que la couleur de nos yeux, et au sexe du soleil respirer notre propre désir.

— Mais voilà, c’est toujours la même vieille histoire !

A. R.

Tant que cette histoire est la nôtre, tant qu’elle pourra être la mienne, ce ne sera jamais qu’une histoire toujours différente chaque nuit qu’on la rêve, d’un jour si jeune quand il se lève, qu’il s’éparpille, et aveugle tant que les larmes qu’on répand sur le sol pour le nourrir sont toujours ce qui font ouvrir nos yeux, et dans les mains, toute la force du jour qu’on reçoit pour l’accomplir.


arnaud maïsetti - 1er juin 2013

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