William Blake | « Le Ramoneur »
18 juillet 2013



Traduction personnelle des Chant d’innocence
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Quand ma mère est morte, j’étais très jeune,
Et mon père m’a vendu alors que je ne savais dire
Qu’à grande peine « ’moneur ! ’moneur ! ’moneur ! »
Depuis c’est moi qui ramone vos cheminées et sommeille dans la suie.

Voici le petit Tom Dacre, qui pleura tant lorsque sa tête,
Bouclée comme le dos d’un agneau, fut rasée : je lui dis :
« Chut, Tom ! Ne t’en fais pas, car lorsqu’on est tête nue,
Tu sais bien que la suie ne peut plus souiller les cheveux clairs »

Alors, il s’est calmé, et cette même nuit,
Dans son sommeil, Tom eut cette vision :
Des milliers de ramoneurs, Dick, Joe, Ned et Jack,
Étaient tous enfermés dans des cercueils sombres.

Puis vint un ange ceint d’une clé lumineuse,
Qui ouvrit les cercueils et les libéra tous,
Alors ils coururent jusqu’au bas de la plaine d’herbe, sautant, riant,
Puis se lavèrent dans le fleuve pour briller au soleil.



-Ainsi nus et blancs, délaissant leurs sacs,
Ils s’élevèrent au-dessus des nuages et jouèrent dans le vent,
Et l’Ange dit à Tom que s’il restait bon garçon,
Il connaîtrait Dieu pour Père et la joie sans fin.

Puis Tom s’est éveillé, et nous nous sommes levés dans le noir,
Avec nos sacs et nos balais pour s’en aller travailler.
Si l’aube était glacée, Tom était heureux et comme rassuré :
Ainsi, que tous soient à la tâche sans craindre de souffrir.

 [1]


arnaud maïsetti - 18 juillet 2013

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