Le Client #6 | « Et si – par hypothèse – »
3 août 2013





Le Client #6


Cinquième réplique du Client

« 
Et si - par hypothèse - j’avouais que je n’avais user de l’arrogance - sans goût - que parce que vous m’avez prié d’en user lorsque vous vous êtes approché de moi pour quelque dessein que je ne devine pas encore - car je ne suis pas doué pour deviner - et qui me retient cependant ici ?

Si par hypothèse je vous disais que ce qui me retient ici était l’incertitude où je suis de vos desseins, et l’intérêt que j’y prends ?

Dans l’étrangeté de l’heure et l’étrangeté du lieu et l’étrangeté de votre avance vers moi je me serais avancé vers vous, mû de ce mouvement conservé en toute chose de manière indélébile tant qu’un mouvement contraire ne lui est imprimé.

Si c’était par inertie que je m’étais approché de vous ? porté vers le bas non par volonté propre mais par cette attirance qu’éprouvent les princes qui vont s’encanailler dans les auberges, ou l’enfant qui descend en cachette à la cave, l’attirance de l’objet minuscule et solitaire pour la masse obscure, impassible qui est dans l’ombre ; je serais venu à vous, mesurant tranquillement la mollesse du rythme de mon sang dans mes veines, avec la question de savoir si cette mollesse là allait être excitée ou tarie tout à tait ; lentement peut-être, mais plein d’espérance, dépouillé de désir formulable, prêt à me satisfaire de ce qu’on me proposerait, parce que, quoi qu’on me proposât, c’aurait été comme le sillon d’un champ trop longtemps stérile par abandon, il ne fait pas de différence entre les graines lorsqu’elles tombent sur lui ; prêt à me satisfaire de tout, dans l’étrangeté de notre approche, de loin j’aurais cru que vous vous approchiez de moi, de loin j’aurais eu l’impression que vous me regardiez ; alors, je me serais approché de vous, je vous aurais regardé, j’aurais été près de vous, attendant de vous - trop de choses - trop de choses, non pas que vous deviniez, car je ne sais pas moi-même, je ne sais pas moi-même deviner, mais j’attendais de vous et le goût de désirer, et l’idée d’un désir, l’objet, le prix, et la satisfaction.

(etc.)

 »


arnaud maïsetti - 3 août 2013

Licence Creative Commons





arnaud maïsetti | carnets




par le milieu

_Dans la solitude des champs de coton _Bernard-Marie Koltès _désir demeuré désir _lecture (enregistrée) _raconter bien _solitudes _théâtre _ville