heures du jour (avec le bruit lointain de cette ville)
21 octobre 2013




Si le jour se lève, c’est peut-être pour cela, cela seulement ; je me disais ce matin descendant cours Sextius plein sud, puis longeant vers l’Est la Rotonde : pour qu’on le voit se lever, rien d’autre. C’est une pensée simple — je voudrais déposer des pensées simples, les rejoindre. Si le jour monte, ce n’est pas pour la lumière, ou la brûlure de quinze heures, mais pour le moment bref où il se fait ; quand midi vient c’est déjà le pli, pour retomber de l’autre côté du corps, là où le voir disparaître : c’est l’autre raison du ciel, là pour qu’on le voit mourir — s’en relever le lendemain.

Ce rêve, cette pensée simple : régler le réveil à l’heure du soleil ; j’ai ce luxe, de n’avoir pour horaire que la lenteur du sommeil, de la lumière naturelle. Demain, précis comme une horloge, il sera sur nos visages à huit heures pile.

Quand on va d’une ville à l’autre, le souvenir des lieux tient à la lumière (je le sais) — Pau, Bordeaux, les bords de Moselle : la qualité d’une lumière, et certains couchers de soleil plus que d’autre. La Toscane, quelque chose que j’imaginerai maintenant comme une diffusion plus nette. Sur les canaux plus loin, le sfumato des maîtres. (Oh si proches).

Le soir, à la Folie Vendôme, je vais d’un banc à l’autre pour suivre la chute du soleil et l’avoir dans les yeux (il est si faible ces jours, il ne m’atteint plus qu’à peine, et c’est par charité que je lui montre mes yeux, comme on encourage un enfant à marcher, un vieillard aussi). Lorenzaccio sur les genoux, et le regard plus haut, sur Florence : la description du coucher sur le fleuve sous le Ponte Vecchio

Le bord de l’Arno.

CATHERINE — Le soleil commence à baisser. De larges bandes de pourpre traversent le feuillage, et la grenouille fait sonner sous les roseaux sa petite cloche de cristal. C’est une singulière chose que toutes les harmonies du soir, avec le bruit lointain de cette ville.
MARIE — Il est temps de rentrer ; noue ton voile autour de ton cou.
CATHERINE — Pas encore, à moins que vous n’ayez froid. Regardez, ma mère chérie ; que le ciel est beau ! que tout cela est vaste et tranquille ! comme Dieu est partout !

On me chasse d’ici pour dix-huit heures trente, un quart d’heure avant le coucher : alors, je reste un peu, dans les rues qui bordent la Folie, pour voir jusqu’au bout le ciel de Florence venir jusqu’ici, ou la lune de la Place Saint-Marc, arracher à moi d’autres lueurs, des départs.

arnaud maïsetti - 21 octobre 2013

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