Comment y être étranger ?
28 novembre 2008



Dans le train aujourd’hui (et comme à chaque fois, le rythme de la lecture n’est pas le même dans un train, ni l’ordre des choses dans la tête) relire plusieurs fois, comme arrêté, mais comme aussi traversé, ce livre qui ne se laisse pas juger, qui résiste. Se dérobe, littéralement, à toute prise. Il y a cette phrase, surtout :

"Il n’est pas question d’occuper, mais d’être le territoire."

Deleuze en mémoire, et Gracq en surimpression - et pourtant, cela n’a rien à voir, je le sais bien. Pourtant.

Relire - bien sûr, ne partager en aucune manière la totalité de ce qui est dit (et surtout, a-t-on besoin de le dire, les appels aux sabotages). Mais le principal. Relire, et se sentir, c’est violent, en état de se retrouver devant un constat irréfutable : que l’organisation du monde est un échec, que cette organisation produit, à mesure qu’il se répand, l’échec de tous.

La neige sur un écran - et cette définition du pouvoir : en flux : "Le pouvoir est l’organisation même de la métropole." Comment y être étranger ? Mais je participe à la marche du monde, à ma mesure : et seul le retrait, je le sais bien, saurait être plus justifiable. Quoique. Qu’est-ce qui, depuis l’endroit où je me tiens, pourrait participer de cette prise aux choses : quel langage pourrait aussi, en partie, se saisir de cette injonction : être le territoire ? (Non pas sur place, occuper des endroits du monde - mais forcer la langue (puisque tel est l’endroit où j’ai choisi de me situer) à devenir le territoire.)

C’est une tâche.

arnaud maïsetti - 28 novembre 2008

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