si je tenais un journal (habiter le mot encore)
12 décembre 2013




Dehors, le jour avait cette lumière : celle qui appelait à le rejoindre vite. Oui, comme un ciel qui va se lever, qui se lève déjà — et l’évidence du soir (le miracle devant une couleur qui se teinte depuis le tissu même : elle était déjà là.)

Aucun mot, dans l’éblouissement d’un ciel, quand on sait le jour ; alors s’en tenir à ce seuil de la phrase même, et s’y confier entièrement.

Si je me suis perdu dans les couloirs, je sais maintenant, plus que tout, que c’était pour entendre le Kyrie — qu’au fond c’est là qu’il m’a trouvé, terrassé de beauté : et c’était image qui disait simplement, avec la nudité que possèdent ces images, toute ma vie.

J’ai remonté Aix encore une fois avec cette lenteur — la pensée de nouveau que la ville imposait de ralentir le pas, pourquoi ? —, et le noir autour, m’y joindre, pour se fondre en lui, je ne suis pas d’ici — pas encore.

J’ai pris par le vieux centre qui grimpe davantage à cause de la lenteur et de la pente : parce que cela faisait deux belles et évidentes raisons de perdre davantage de temps, ici, de le faire durer, et la pensée que le jour allait venir, qu’il suffisait de marcher longtemps, mais que cela suffira pour faire basculer la ville de l’autre côté de la terre, face contre le soleil.

Personne ne savait que, passant là, ce n’était pas ici que je posais mes pas, mais ailleurs.

Ensuite, j’ai jeté un dernier regard à ce jour comme une pièce de monnaie sur le sol pour l’entendre — 

Le lit défait, là-haut, comme un visage.

Le désir immédiat de s’y jeter, comme sur du papier quelques mots.

Si je tenais un journal, j’aurais écrit sur ce jour la date d’un autre jour — mais ce n’est pas d’attendre que l’on vit, alors tous les jours construire ce jour sera comme lentement être auprès du corps celui qui s’en approche encore, qui va devenir doucement celui qui dit encore, et qui le dit, non pour l’autre, ni pour soi, mais pour entendre encore l’approche du mot qui n’atteindra jamais ce qu’encore appelle, et qui ne s’achèvera pas.


arnaud maïsetti - 12 décembre 2013

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