les mémoires de l’arbre, Vertigo et la métempsycose
23 décembre 2013


Dans Vertigo, c’est la scène de métempsycose — l’anamnèse : mot terrifiant pour dire l’il m’en souvient des vies antérieures.

De mes études, je me souviens : on m’enseigna que dans les contes du Graal, toujours l’aventure (ce qui allait advenir) avait besoin d’une forêt : qu’en y entrant, le conte permettait l’histoire : c’était signe (pour le lecteur et le chevalier, tous deux errants) d’un temps qui se délivrait enfin du temps après l’ennui. La forêt ouverte en deux dans le corps du monde commençait le temps.


Coupes d’un arbre comme d’une chair pour la dater : en lui l’Histoire même, cette fois non de l’advenir, mais de l’advenu.



Remonter le temps : le centre date la naissance et en s’éloignant, suivant les cercles concentriques, se lisent les rides du temps lentement déployé comme des ronds dans l’eau, épanoui simplement tandis que de l’autre côté des continents les corps tombaient sur les champs de bataille, les continents se découvraient les uns les autres comme Adam Ève, d’un même désir et d’une même peur. Le temps rendu lisible ici dans l’arbre ouvert.

La main se penche sur l’arbre pour toucher la peau morte d’une ride moins visible, plus fine, mais déposée là d’évidence comme un miroir avec son visage déposé sur lui, qui nous regarde.

Ici-même suis-je née (ou est-ce : lors je suis née ? le temps et le lieu confondus dans la belle langue de Milton, des Paradis perdus nommés pour le dire, être perdus et nommés)

et là je suis morte (ou est-ce ici ?) La fille aux mains gantées ne sait-elle pas qu’elle porte dans sa paume les rides qui écrivent peut-être toute sa vie future, passée, celle de l’arbre peut-être (la mienne) ?

Un simple instant pour toi

Tu n’y pris pas même ombrage, et ne t’en aperçu sans doute pas, non, pas le moins du monde et cependant

(elle se tut soudain, plongea ses yeux dans ses vies antérieures, songeant : je voudrais être ailleurs, changer ma vie en arbre, mes cheveux en noirs.)


(lui insistait lourdement, et toute sa vie il poserait la question : celle des origines, quand il ne s’agissait que de devenir — celle de la preuve au lieu du signe ; celle de la parole au lieu des yeux ouverts)

(et toute sa vie elle répondit en fermant les yeux, le dos posé sur l’arbre qui l’empêcherait de tomber dans le vide, et le vent autour balançait les feuilles dans le silence.)


arnaud maïsetti - 23 décembre 2013

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