Radiohead | De l’esprit des villes
14 avril 2009




Street Spirit, Radiohead ("The Bends", 1995)


Je sais cette mécanique, cette froideur, cette lumière d’étain posée sur cette chanson, opaque et d’une noirceur mate. Je la sais par coeur, en connais chaque recoin. Mais pourtant. Je sais bien aussi combien cette répétition la rend inépuisable, et toujours neuve, toujours inconnue, et comme de plus en plus. Cette chanson m’est si précieuse — et je ne l’avais plus entendue depuis longtemps avant cette nuit : c’est la chanson que j’écoutais, chaque soir, avant de commencer à travailler sur mon livre, il y a deux ans : sas d’entrer : avant chaque soir de passer la nuit avec ce texte (et parfois, à des moments précis de l’écriture, l’écouter en boucle : c’est une chanson qui s’y prête). Je sais ce qui peut la faire paraître, peut-être, insensible — mais, oui : pourtant. Il y a dans ce roulement, cet entêtement, cette douleur joyeuse (encore), qui la fait recommencer. Cette manière d’entrelacer les choeurs au refrain, ce qui touche, oui, sans doute, à ce qu’il y a de sacré dans la musique, à ce qu’il peut y avoir de sacré dans ma vie : lente et souple montée du cri qui pose sa voix sur le sentiment que je ne saurais nommer : la ville, ce qui l’a nomme (son esprit) : ce dernier mot d’amour partout si sale d’avoir été approché — ici comme lavé. Et cet effacement qui le produit.


(les paroles, et ma traduction :


Rows of houses all bearing down on me 

I can feel their blue hands touching me 

Hold these things into position 

All these things will want this world


Maisons alignées, se penchent toutes vers moi 

Je sens, oui, leurs mains bleues qui me touchent 

Tout cela, bien à sa place, 

Tout cela, qui aspireront à ce monde

And fade out again 

And fade out


avant de s’effacer (de nouveau) 

et de s’effacer

This machine will, will not communicate 

These thoughts and the strain I am under 

Be a world child form a circle 

Before we all go under


Cette machine, ne va pas, non, communiquer 

Ces pensées, et ce qui m’oppresse 

Engendre un enfant de ce monde : qui trace un cercle 

avant que tous, il ne faille nous y enfouir

And fade out again 

And fade out again


avant de s’effacer (de nouveau) 

et de s’effacer

Cracked eggs, dead birds 

Scream as they fight for life 

I can feel death, can see it’s beady eyes 

Hold these things into position 

All these things we’ll one day swallow whole


Coquilles brisées, oiseaux morts, 

Crient comme s’ils se battaient pour vivre 

J’éprouve la mort, perçois la lueur de ses yeux 

Tout cela bien à sa place 

Tout cela qui finira par nous avaler complètement

And fade out again 

And fade out again


avant de s’effacer (de nouveau) 

et de s’effacer

Immerse your soul in love 

Immerse your soul in love


Plonge ton âme dans l’amour 

Plonge ton âme dans l’amour

Tom York / Radiohead )

arnaud maïsetti - 14 avril 2009

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