Quod scripsi, scripsi (les roumains)
4 février 2014





Ce sont surtout les cris, terribles, qui jaillissent du ciel, soudain et cessent immédiatement ; les gens s’arrêtent dans la rue, regardent là-haut ce qui se joue, et quand le silence revient, reprennent leur marche, et leurs parcours de vivants sur cette ville.

C’est signe que la mer est proche : elle est proche. Les hurlements des oiseaux dans le feu du ciel, personne ne me l’avait dit. Au-dessus d’un port, on ne les entend pas, mais ici : ici, c’est affolant.

Je pense à ces cris, pensant à la phrase de Rim. sans quitter le ciel des yeux et le prenant à la volée, à mon passage — ce soir, j’écrirai un peu contre lui, et ses pensées ; mais avant, je passe, traversant les cris, et regardant, dans les moments de silence d’où ils surgissent, et pourquoi.

Puis, je cherche les signes (ce jour-là précisément) — les relectures achevées (rapides), et l’écriture de nouveau (achever le visage de Casarès) par-dessus tout cela, dans ces mardis qui sont livrés au travail sur la page, à la fenêtre où je vois le temps passer comme il mord sur la façade de l’immeuble en face. Je ne trouve pas — une ligne après l’autre encore.

Je sors quand c’est impossible d’en avancer une autre.

Je fais le tour de quelques rues, et je rentre, il fait nuit, complètement nuit — sur le pas de ma porte, les cris des mouettes cessent, et à cinquante mètres derrière moi, une voiture heurte violemment une borne sur le trottoir ; des cris d’hommes, leur langue étrangère, si belle de l’être, je me retourne, croise le regard d’un vieillard qui rentre, le visage ravagé, je détourne la tête, il a déjà commencé à parler,

ce sont des roumains, ils sont très gentils.

je le regarde, je ne dis rien,

oh pardon, je vois que nous ne sommes pas de la même planète, au revoir.

et s’éloigne.

Je le retiens d’un mot, non, non, ce n’est pas ce qu’il croit, je ne sais pas ce qu’il croit, mais oui, sans doute le sont-ils, pourquoi croirai-je le contraire, au contraire, oui,

oui, ce sont des roumains, je les connais,

il s’approche de moi, très près,

ce ne sont ni des voleurs, ni des menteurs, ni des tricheurs, je les connais, rien, c’est leur voiture qu’ils viennent d’abîmer, mais ils sont très gentils,

plus près encore, je recule un peu, il parlera en souriant, plongeant ses yeux noirs au fond de mes yeux, avec douceur, et méchanceté, parlant avec élégance dans des accents de vulgarité, ou est-ce le contraire, appuyant certains mots comme qualités, ou comme dieux,

vous savez je connais des arabes, des noirs à montpellier qui sont des racistes, ils n’aiment pas les français, les blancs, et je dis : ce n’est pas bien, moi je viens de la Réunion, et les français, leurs valeurs, leurs gentillesse, leur qualités, je les aime, les français ce sont des dieux, voilà ; bonne année.

Il est déjà parti.


arnaud maïsetti - 4 février 2014

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