mille passus meare (désormais)
25 février 2014



Marcher, ce n’est que tomber, un pas après l’autre, une jambe après l’autre lancer pour interrompre le déséquilibre. Aller, ce n’est rien d’autre que retarder la chute qui n’aura pas lieu. Devant la fontaine s’arrêter et les deux pieds posés sur le sol, attendre que la terre tourne encore un peu, à sa vitesse qui nous emporte sans qu’on s’en rende compte, amoureusement, et sentir contre soi non pas l’instant qui s’échappe, mais celui qui va venir, c’est certain, qui est déjà là, bientôt.

La plénitude ne vient pas après le manque, disait tout autour de moi le déséquilibre des forces ; la plénitude n’est pas la saturation des choses, la réalisation d’un gouffre ; mais plutôt, peut-être, la mesure admise de ce qui pour ce soir suffit — et chaque jour, c’est rejoindre le soir pour chaque soir abattre devant soi les cartes : est-ce que ce jour a suffi, et chaque jour dire, amoureusement comme mordre, et les cheveux humides dans le désir d’être celui qui tombe, dire que oui, s’abattre contre ce oui.

L’orgueil, c’était de vouloir être cette plénitude, c’était d’abolir le déséquilibre. Dans le chemin de dépouillement qui m’emporte désormais, j’ai appris le poids de ce mot, désormais, j’apprends encore. La plénitude est toute entière dans chaque seconde : s’y accorder, désormais, amoureusement. Quand je regarde le ciel maintenant, c’est pour refuser d’accomplir. Je ne sais pas, moi non plus, ce que veut dire "ça traverse" — je sais que j’y dépose une part de cette vie, la part vive, la part encore vivante ; désormais.


arnaud maïsetti - 25 février 2014

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