Saint-Just & des Poussières | prologue
29 mars 2014



prologue

TU DISAIS NOUS NE SOMMES PAS D’ICI TU LEVAIS LES YEUX AU CIEL ET TU DISAIS LENTEMENT COMME À TOI-MÊME MAIS C’EST À MOI SEUL QUE TU DISAIS IL FAUDRAIT PARTIR ET JE TE REGARDAIS LENTEMENT ET JE NE DISAIS RIEN ON CONTINUAIT DE MARCHER SANS ALLER NULLE PART LES IMMEUBLES LES BUREAUX LES SOIRS QUAND ILS SONT VIDES CES HEURES DE NUIT QUI SONT LES MÊMES TOUTE LA NUIT LES GARES QUAND IL N’Y A RIEN D’AUTRE À FAIRE DANS CETTE VILLE QUE DE MARCHER APRÈS LES DERNIERS MÉTROS LES BARS VIDES LES CAFÉS LES RESTAURANTS LES MAGASINS ET LES RUES VIDES JE NE DISAIS RIEN MOI JE NE SAVAIS PAS SI L’ON ÉTAIT AVANT OU APRÈS QUELQUE CHOSE TU DISAIS ENCORE ET ENCORE : SI PROCHE LE JOUR OÙ IL N’Y AURA PLUS CETTE VILLE NI AUCUN AUTRE SOUVENIR DE CETTE VILLE QUE NOUS, ET TU RÉCITAIS JE CROIS ET TU TE SOUVENAIS MAIS DE QUOI SI PROCHE CE JOUR OÙ IL N’Y AURA PLUS RIEN LES JONQUILLES ET LE VENT ET NOS PAS DANS LE VENT SI PROCHE LE JOUR OÙ ET MOI JE GARDAIS LE SILENCE POUR NE PAS QU’IL S’ÉCHAPPE TU CONTINUAIS TU DISAIS L’AMOUR EST UNE HYPOTHÈSE ET TU SOURIAIS TU DISAIS L’AMOUR EST UNE HYPOTHÈSE SUR LAQUELLE TOUT REPOSE LES IMMEUBLES LES BUREAUX LES SOIRS ET CETTE HISTOIRE ET TOUTE L’HISTOIRE ET LES PONTS QUAND ILS SONT VIDES SURTOUT QUAND ILS SONT VIDES ET LES GARES TU AJOUTAIS -L’AMOUR EST UNE HYPOTHÈSE SUR LAQUELLE TOUT FINIT PAR S’EFFONDRER ET TOUT RECOMMENCE IL FAISAIT SI FROID TU RÉPÉTAIS L’AMOUR EST UNE HYPOTHÈSE IL N’Y A PAS D’HISTOIRE TU RÉPÉTAIS IL N’Y A PAS D’HISTOIRE IL N’Y A QUE DES HYPOTHÈSES IL N’Y A QUE LE DÉSIR D’ÊTRE AILLEURS JUSQU’À LA FOLIE ICI EST USÉ JUSQU’À LA CORDE ET TU FAISAIS LE GESTE DE TE PENDRE POUR RIRE ET TU RIAIS COMME TU LE SAVAIS ENSUITE GRAVEMENT TU DISAIS D’UN SOUFFLE IL N’Y A PLUS D’HISTOIRE MAINTENANT QUE TOUT EST UN DÉSIR D’ÊTRE AILLEURS TOUT ICI EST UNE TRACE D’UN PASSÉ QUI A ÉCHOUÉ TOUT ICI EST DU PASSÉ EN TAS COMME UN TAS DE CENDRES QUI A FINI PAR PRENDRE LA FORME D’UNE VILLE À FORCE DE RÉPANDRE DES MONUMENTS UN SOIR COMME CELUI-LÀ DEHORS MAIS PLUS LOIN DE L’AUTRE CÔTÉ DE LA MER IL Y A DES ÉMEUTES ET DES RAGES ET DES COLÈRES QUI RÉINVENTENT LE MONDE ICI IL N’Y A QUE L’ORGANISATION FORCENÉE D’UN MONDE HÉRITIER D’UNE HISTOIRE EN POUSSIÈRE QU’ON RÉCOLTE POUR TAPISSER NOS VILLES ET NOS RUES ET NOS IMMEUBLES DE VERRE QUI SE LÈVENT ET S’ARRÊTENT JUSTE AVANT LE CIEL CE QUI NOUS MANQUE EST L’HISTOIRE ET NOUS N’AVONS QUE DU DÉSIR ET DE L’AMOUR QUE NOUS NE SAVONS PAS DISTINGUER DE LA RAGE ET DE LA COLÈRE D’ÊTRE ICI DE N’ÊTRE PAS AILLEURS OÙ LA RAGE ET LA COLÈRE INVENTENT L’HISTOIRE D’UN SOUFFLE ET MOI JE ME TAISAIS JE REGARDAIS CE QUI AUTOUR DE NOUS PASSAIT LES PONTS SOUS LESQUELS ON DORMAIT ET LES BANCS ET LES PARCS FERMÉS ET LES RUES QUI ORGANISAIENT DES CIRCULATIONS ÉTABLIS SELON UN PLAN SANS DOUTE DESSINÉ EN HAUT LIEU CE QU’IL NOUS FAUDRAIT TU DISAIS C’EST UNE HISTOIRE QUI AURAIT EU LIEU ICI DANS NOS CORPS ET DE NOS MAINS NUES OUI ET À LAQUELLE ON POURRAIT CROIRE NON PAS UNE HISTOIRE COMME CELLE QU’ON A CES HISTOIRES DÉJÀ ÉCRITES QUI SONT LA LISTE DES GOUVERNEMENTS MAIS UNE HISTOIRES QUI SERAIT CELLE DE LEURS CHUTES CE QU’IL FAUDRAIT C’EST UNE HISTOIRE QUI SOIT CELLE DE LEURS AMOURS ET TU RIAIS ET TU DISAIS CE QU’IL FAUDRAIT C’EST RÉINVENTER L’HISTOIRE ET GRAVEMENT TU AJOUTAIS -ON N’APPARTIENT PAS ON N’APPARTIENT PLUS ET HEUREUSEMENT ET C’EST UN LONG EFFORT DE S’EN ARRACHER DE SE DÉFAIRE DE LEUR HISTOIRE QUI NE NOUS CONCERNE PAS MAIS CE QU’IL FAUDRAIT C’EST UNE HISTOIRE QUI SERAIT LA NÔTRE NON PAS POUR LUI APPARTENIR MAIS SIMPLEMENT PEUT-ÊTRE POUR COMPRENDRE OÙ L’HISTOIRE NOUS A JETÉS ET PAR OÙ MAINTENANT ALLER OÙ L’INVENTER ENCORE JE NE SAIS PAS JE NE SAIS VRAIMENT PAS TU RÉPÉTAIS JE NE SAIS PAS JE VOUDRAIS M’ARRACHER JE VOUDRAIS QUE L’AMOUR SOIT AUTRE CHOSE QU’UNE HYPOTHÈSE MAIS LA FORME DE NOS VIES ET COMME UNE HISTOIRE QUI NE SOIT PAS CELLE DE L’HISTOIRE TU COMPRENDS ET JE NE COMPRENAIS PAS JE VOUDRAIS L’AMOUR COMME LE CONTRAIRE DE L’HISTOIRE TU VOIS JE NE VOYAIS PAS JE REGARDAIS COMME TOI LE CIEL ET LE FLEUVE PASSER ET ÉCHOUER VAGUE APRÈS VAGUE APRÈS VAGUE ÉCHOUER À RECOUVRIR LA VILLE ET RECOMMENCER ET RECOMMENCER À RECOMMENCER À ÉCHOUER ET SOUDAIN NOUS NOUS SOMMES ARRÊTÉS PLACE DE LA CONCORDE NOUS NOUS SOMMES ASSIS DANS LE NOIR AU MILIEU DE LA PLACE DE LA CONCORDE SUR LE MURET DE LA FONTAINE AU PIED DE L’OBÉLISQUE NOIR ET C’EST TOI QUI A GARDÉ LE SILENCE CETTE FOIS POUR NE PAS QU’IL S’ÉCHAPPE C’EST TOI QUI M’A PRIS CE SILENCE ET VIDE ALORS MOI DÉPOUILLÉ DE CE SILENCE QUE JE POSSÉDAIS COMME UNE MANTEAU QUE FAIRE D’AUTRE DANS LE FROID J’AI PARLÉ QUE FAIRE D’AUTRE J’AI DIT CETTE PLACE AUTREFOIS S’APPELAIT LE SAIS-TU PLACE DE LA RÉVOLUTION C’EST ICI QU’ON AVAIT LEVÉ LA GUILLOTINE ICI — À L’ENDROIT OÙ L’ON A LEVÉ UNE GRANDE ROUE AUJOURD’HUI QUI MIME PEUT-ÊTRE COMME C’EST DÉRISOIRE LA RÉVOLUTION D’ASTRES QUI S’ACCOMPLISSENT EN TOURNANT AUTOUR D’EUX POUR REVENIR À LEUR POINT DE DÉPART — -C’EST ICI POURTANT ICI-MÊME LE SAIS-TU QU’ON AVAIT LEVÉ LE THÉÂTRE DE L’HISTOIRE AVEC LA SCÈNE LES TRÉTEAUX QUE SURPLOMBAIT L’ÉCHAFAUD ET LE RIDEAU TOMBAIT CHAQUE JOUR IL TOMBAIT AVEC LA LAME SUR LA NUQUE DANS UN SOUFFLE FROID LE RIDEAU QUI TOMBAIT SUR L’HISTOIRE QUI SE LEVAIT ENSUITE À MESURE DES TÊTES TOMBÉES DANS LE PANIER D’OSIER ET LE RIDEAU QUI SE LEVAIT RECOMMENÇAIT DE TOMBER TOUS LES JOURS ET TOUS LES SOIRS AINSI S’EXÉCUTAIT L’HISTOIRE DANS LES CRIS DES FOULES QUI RÉCLAMAIENT LE SANG DES TRAITRES PUIS LE SANG DE CEUX QUI AVAIENT OBTENU LE SANG DES TRAITRES ICI QUE SÉCHAIT LE SANG PLACE DE LA CONCORDE OÙ NOUS SOMMES JE ME SUIS TU ET PENDANT LONGTEMPS ON A REGARDÉ TOUS DEUX LA PLACE VIDE ET L’OMBRE ABSENTE DE LA GUILLOTINE ET LE SANG SÉCHÉ DU SOIR ET TU M’AS DIT RACONTE-MOI TU AS RÉPÉTÉ RACONTE-MOI L’HISTOIRE JE T’EN SUPPLIE ALORS LENTEMENT J’AI DIT LES MOTS JE T’AI RACONTÉ UNE HISTOIRE QUE J’INVENTAIS À MESURE QU’ELLE DISAIT ENTRE MES LÈVRES CE QU’ENTRE TES LÈVRES TU AVAIS DIT SOUS LES MOTS L’AMOUR EST UNE HYPOTHÈSE ET À MESURE QUE JE M’EN SOUVENAIS QUE JE CHERCHAIS LENTEMENT À COMPRENDRE L’AMOUR EST UNE HYPOTHÈSE QUE J’EN CHERCHAIS TRACE ET SIGNE ET MÉMOIRE QUI AURAIENT PU EN EXAUCER LE CHARME ET RELEVER LA FATALITÉ OUI À MESURE QUE LES MOTS SUR MES LÈVRES VENAIENT L’HISTOIRE ELLE S’EFFAÇAIT ET LAISSAIT PLACE À QUELQUE CHOSE COMME UNE BRÈCHE EN LAQUELLE TOUS DEUX NOUS ALLIONS IMMOBILES DANS TOUT CE NOIR IMMOBILE ET POURTANT NOUS ALLIONS ET POURTANT DE LA LUMIÈRE VENAIT DE DERRIÈRE LE CIEL QUE LA LUNE MOURANTE COMME UN SAC ÉVENTRÉ JETAIT JUSQU’À NOUS ET TU TREMBLAIS DE FROID PEUT-ÊTRE ET À MESURE DES MOTS LENTEMENT PRONONCÉS QUE JE JETAIS SUR TOUTE CETTE LUMIÈRE SALE D’UNE VILLE QUI S’ÉLOIGNAIT UN VISAGE LENTEMENT S’EST FORMÉ SUR LE SOL QUE RECOUVRAIT LA POUSSIÈRE -LA POUSSIÈRE ET LA CENDRE ET LE FROID UN VISAGE AUX BOUCLES DE CHEVEUX FONCÉS REGARDS DROITS UN VISAGE DEVANT NOUS QUI AVAIT LE VISAGE D’UN JEUNE HOMME DE VINGT-SIX ANS QUI AVAIT NOTRE VISAGE OUI LENTEMENT NÉ LOUIS-ANTOINE-LÉON DE — ET JE DISAIS L’HISTOIRE QUE J’INVENTAIS ET J’EN CHERCHAIS LE NOM ET IMPOSSIBLE DE LUI TROUVER UN AUTRE NOM QUE CELUI DE LOUIS-ANTOINE-LÉON DE — OUI LOUIS COMME LES ROIS ANTOINE COMME PERSONNE ET LÉON COMME LOUIS-ANTOINE-LÉON DE SAINT-JUST ET JE NE QUITTAIS PAS LE CIEL DES YEUX ET TOI AUSSI

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arnaud maïsetti - 29 mars 2014

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