« Variations Radeau », 10-12 avril | La Fonderie (Le Mans)
3 avril 2014




Trois jours autour du Radeau — attablement, assemblement, partage. Espace de rencontre ; se tenir sur la ligne de ce partage.

Si le Théâtre du Radeau paraît si essentiel, et depuis trente ans maintenant s’impose avec l’évidence mystérieuse qui lui est propre, à la fois souverainement singulier dans le champs de la création contemporaine, mais comme nul autre travail peut-être puissamment relié aux arts vivants du présent, c’est qu’il renouvelle incessamment son propre rapport à la création et au regard porté sur cette recréation permanente. Comment en parler dès lors, sans fixer les termes de cette élaboration qui en chacun de ses points s’invente et se rend présent ?

Ainsi le défi, un projet fou : trois jours durant, tâcher d’inventer et d’échanger et pourquoi pas de forger une parole présente qui puisse nommer l’un des espace de création les plus féconds, denses, nécessaires, vivants au lieu où le théâtre peut avoir lieu : croisement de la cité et du monde, des arts et du réel, du présent et de notre devenir, de la beauté dansée en équilibre sur le vide de quelques tables levées en tréteaux sur lesquels aller plus avant dans la verbe et la relation.

Trois jours où la parole sur le théâtre du Radeau sera aussi interrogée comme telle : et comme ce partage même. Parce que ce théâtre oblige à repenser la parole que l’on pourrait prendre sur elle, parce qu’elle engage cette prise de parole dans un champ de force qui la renouvelle nécessairement, ces trois jours pour mettre à l’épreuve nos paroles : dans la joie de ce qui lie.

Merci à Éric Vautrin et Christophe Vautrin qui animent le groupe de recherche sur le Théâtre du Radeau — pour avoir rêvé et rendu possible cet espace qui donne du souffle à la prise de parole universitaire, en réinventant les termes de l’échange (voir plus bas l’exposé du programme et le déroulé des jours)

Le programme complet en téléchargement

Informations complémentaires sur le site du groupe de travail Recherches Radeau



images : François Tanguy, esquisse pour Passim

Un atelier international de recherches sur le Théâtre du Radeau,
en Fonderie 10-12 avril 2014

Dans le cadre de 2014 Année du Théâtre du Radeau en Région Pays de Loire

Variations Radeau est organisé dans le cadre de 2014 Année du Théâtre du Radeau en Région Pays de LoireLe Théâtre du Radeau est une des compagnies de théâtre majeures en France, fondée au début des années 80 et installée au Mans. Depuis plus de trente ans, il propose des agencements scéniques singuliers faits de corps, textes, voix, lumières, sons, musiques et espaces qui s’entrecroisent, se mêlent, se répondent. En 2014, à l’occasion de « l’année du Théâtre du Radeau en région Pays de Loire » impulsée par le Conseil Régional, nous vous convions à trois jours d’échanges autour de ce théâtre.

En 2011, un groupe de recherches sur le travail de cette compagnie s’est ouvert à Paris, rassemblant une vingtaine de chercheurs et d’étudiants. À l’image de la pratique du Radeau, nous souhaitions lier les questions esthétiques et politiques, l’étude des archives et les approches structurelles et matérielles ; et nous considérions qu’il fallait être attentif au déplacement que ce théâtre impliquait pour nos méthodes analytiques et critiques.

Ce groupe et le Théâtre du Radeau organisent 3 jours d’attablements et de réflexions partagées en avril 2014, dans le lieu du Radeau, la Fonderie, au Mans. Il ne s’agit pas d’entreprendre une synthèse ou d’établir des définitions, mais plutôt de réfléchir ensemble la voie tierce qui caractérise le Radeau, comment ce théâtre fait de variations et de rencontres, de mouvements et d’assemblages déplace les formulations courantes des questions de la scène comme celles de l’existence.

Cet « atelier », ouvert à tous, réunira notamment des chercheurs et étudiants français et étrangers ainsi que des artistes, critiques et responsables institutionnels ayant accompagné le parcours du Radeau. Ce ne sera pas un colloque, au sens où il ne s’agira pas d’une suite de communications, mais de débats et d’échanges autour de textes préalablement commandés pour l’occasion et transmis en amont à tous ceux qui souhaiteraient assister à l’atelier. Les demi-journées traiteront du jeu de l’acteur, du montage et de la composition scénique ou de l’inscription du spectacle dans l’espace public à partir de thématiques ouvertes liant ensemble ces différentes questions. Une séance sera consacrée aux archives photographiques (à partir d’une invitation aux photographes ayant travaillé autour de ce théâtre) comme une autre façon d’appréhender les compositions scéniques, et une dernière invitera jeunes chercheurs et étudiants à réfléchir les difficultés spécifiques à la restitution de cette pratique théâtrale singulière.


Programme

jeudi 10 avril, 14h-17h :
Ressembler / rassembler / assembler

Les scènes du Radeau rassemblent des éléments en apparence hétérogènes – meubles, panneaux, lumières, corps et voix, musiques, textes et matières… De la même manière que le théâtre est un lieu où se rassemblent des personnes et des vies venues d’horizon divers, ces multiples éléments, sur scène, se lient et s’agencent de différentes manières ; ils semblent s’appeler et se repousser, se suivre et s’emboiter, se répondre et se confronter. Ainsi parfois un texte révèle un espace, un costume répond à une lumière, une musique prend la suite d’un mouvement – par exemple. Cette séance sera l’occasion de lier l’agencement de l’espace à celui du temps, la notion de montage à celle d’assemblée théâtrale, le jeu des formes et ses mémoires, la construction et la structuration des scènes du Radeau à leur portée politique.

Textes de Philippe Ivernel, Flore Garcin-Marrou, Clare Finburgh et Jérémie Majorel

jeudi 10 avril, 21h-00h :
Projections de photographies des spectacles et témoignages des photographes

Cadre, lumière, espace, composition et perspective, corps et geste, instant et suspension, échos de la peinture… La photographie partage avec le Radeau, peut-être davantage encore qu’avec d’autres théâtres, différents composants. Certains photographes, à l’instar de Didier Grappe, ont d’ailleurs fait évoluer leur pratique de la photographie en travaillant sur ce théâtre. Cette soirée de projections et d’échanges sera l’occasion d’écouter des photographes témoigner de leur manière de regarder le Radeau, ce que leur regard de photographe en retient, de la façon dont ils envisagent les liens entre ce théâtre et l’image, de comment ces spectacles peuvent déplacer leur rapport à la photographie de théâtre. Ce sera également l’occasion de découvrir des archives photographiques du Radeau.

Chaque photographe invité aura sélectionné 10 à 15 images et les commentera.

En présence de Jacquie Bablet, Didier Grappe et Brigitte Enguerrand (sous réserve).
Modération : Romain Fohr et Clare Finburgh


vendredi 11 avril, 10h-13h :
« Prendre le temps de restituer, dans l’espace public, les constituants » (F. Tanguy)

Le théâtre n’est pas toujours, ou pas seulement, un lieu où se racontent des récits ou s’affirment des opinions. Il est parfois davantage un temps pris hors des habitudes et des routines pour percevoir autrement ce qui nous entoure et ce que nous sommes. Un temps inscrit dans l’espace public, entre l’expérience individuelle et la conscience collective, entre le domaine privé ou intime et les champs du commerce ou de la loi : l’espace public est celui du débat où l’on échange non sur soi et ce qui nous revient, mais sur ce qui structure notre vie collective, ce qu’elle était et ce qu’elle deviendra, ce qu’on en voit et ce qu’on en attend. Le théâtre, art public inséré dans la ville, art collectif qui se pratique et s’apprécie à plusieurs, peut être un des espaces où comparaît ce qui lie les êtres entre eux. C’est notamment ce que cette séance se propose de discuter, à partir de cette citation de François Tanguy.

Textes de E. Wallon, Y. Butel et Ch. Bident, Eric Vautrin


vendredi 11 avril, 15h-18h :
Jeunes chercheurs et étudiants : qu’y a-t-il de si particulier dans l’étude des spectacles du Radeau ?

Cette séance particulière rassemblera des étudiants et de jeunes chercheurs qui ont ou ont eu l’occasion de travailler, dans le cadre de leurs recherches, sur le Théâtre du Radeau. Venus d’horizons divers et avec des perspectives et des méthodes académiques différentes, ils sont invités non à exposer leurs résultats, mais à réfléchir ce qui les a amené à s’intéresser au Théâtre du Radeau et les difficultés ou les spécificités de l’analyse de ce théâtre qu’ils ont pu rencontrer ou relever. Grâce à leurs témoignages, c’est la question de la critique et de l’analyse théâtrale – que retient-on d’un spectacle et que peut-on en dire – que nous discuterons.

Interviendront Cécile Bosc, Amandine Livet, Flavia Lorenzi, Raffallea Uharia et des étudiants du DPEA "Scénographie" de l’Ecole d’architecture de Nantes
Modération : Cécile Bosc et Bénédicte Boisson


vendredi 11 avril 21h :
Projections

Deux films du cinéaste français Patrick Bokanowski dont tout ou partie de la matière a été tournée lors de répétitions du Théâtre du Radeau : Eclats d’Orphée (2002 / 4’35), montage de séquences tirées du spectacle Orphéon, et Un Rêve (2014 / 30’54) où surgissent des images de Onzième.

Projections en présence de Patrick et Michèle Bokanowski.

En seconde partie de soirée, projections d’archives vidéo inédites du Théâtre du Radeau – films et vidéos réalisées à l’occasion des spectacles, mais qui souvent ne filment pas la scène…

— ’Un Rêve’ de Patrick Bokanowski, 2014 / 30’54
— "Le train des souvenirs s’engouffre dans un rêve.", Film d’animation et expérimental.

« Patrick Bokanowski est aujourd’hui l’un des cinéastes expérimentaux les plus reconnus et les plus influents. Son travail, profondément orienté vers l’aspect subjectif de l’image, rejette les outils de représentation conventionnels pour rechercher un monde visuel proche de la peinture, onirique et poétique. Ses films sont emplis de contradictions, de perpétuelles expérimentations, de territoires improbables, d’êtres en devenir, de distorsions et de non-sens, un flot d’espaces et de styles. Dans ce nouveau film, l’émanation centrale de la lumière qui envahit tout accompagne le sentiment d’irréalité ; pourtant les images semblent aussi irradier en profondeur, attirées par la gravitation d’une intériorité subjective.
Magnifiquement mis en musique par Michèle Bokanowski, ce rêve est la réfraction lumineuse d’une métamorphose alchimique. Un film provocant, opposé à toute logique et, en fin de compte, transcendant. », Richard Ashrowan (source : http://lightcone.org/)


samedi 12 avril, 10h-13h
Jouer ?

Ce qu’on appelle le jeu de l’acteur, son action, sa présence, son interprétation, ressort d’une longue tradition issue au moins de la première modernité. Mais sur la scène du Théâtre du Radeau, qu’en est-il ? Les personnages sont davantage des figures, les actions semblent davantage relever de la chorégraphie que de l’émotion psychologique, les corps et les voix sont aussi des matières, les drames s’effilochent, les textes et les présences se mêlent… Pourtant, ce sont bien des acteurs qui entrent en scène, ils n’ont rien du danseur ou de l’artiste performer… Leur présence et ses variations participent pleinement de la force plastique et affective de ce théâtre. Qu’est-ce que jouer, alors, sur ces scènes ? Qu’est-ce que celles-ci mettent en jeu ? Ce seront les questions qui animeront ce samedi matin.

Textes de :

- Jean-Paul Manganaro, Laurence Chable, Christophe Triau, Cécile Bosc et Serge Nail


samedi 12 avril, 15h-18h
Synthèse ? (Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?)

Retours, ensemble, sur les différentes séances des Variations Radeau, où l’on cherchera moins à résumer qu’à ouvrir, à définir qu’à réinvestir : à partir de synthèses des échanges, une discussion ouverte sur l’histoire et l’actualité du Théâtre du Radeau et les suites à donner à nos discussions, en Fonderie et ailleurs, dans l’enceinte théâtrale et en dehors.


samedi 12 avril soirée Dîner et soirée en Fonderie pour conclure les trois jours d’échanges et de discussions


Séances gratuites et ouvertes à tous. Le livret des textes qui seront discutés sera envoyé par mail aux personnes inscrites. Les séances de l’atelier s’organiseront autour de la discussion de ces textes.

Inscription nécessaire aux séances et repas avant le 25 mars 2014, en remplissant le formulaire disponible sur le site des Variations Radeau

Contact :

— variations@recherchesradeau.org


arnaud maïsetti - 3 avril 2014

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