Nouveaux Mondes | la Création [2] — le nom des hommes
29 avril 2014




Poursuite de la retranscription de l’’émission de radio Sur les épaules de DarwinLe Nouveau Monde (2), réalisée par Jean-Claude Ameisen, et diffusée sur France Inter le 22 mars 2014.

Les noms des hommes : ceux qu’ils se donnaient, ceux qu’ils s’échangeaient, ceux qui portaient l’insulte des autres, ceux que leur ont donné les Européens comme une insulte à la puissance — ceux qu’ils continuent d’avoir, dans certains rêves que certains rêvent.

Et sur tous ces noms, la création qui d’elle-même se crée jusqu’à nous ?


Au moment où Christophe Colomb aborde en 1492 l’île que les Arawaks appelle Mamana, et qu’il nommera Santa-Maria, confondant les Arawaks avec les habitants de l’Inde qu’il croit avoir gagné par la mer, l’ensemble du continent Américain était déjà habité par plusieurs centaines de peuples, plusieurs centaines de nations.

Les premiers habitants étaient arrivés il y a environ 17 000 ans, après avoir séjourné durant la dernière période d’intenses glaciations pendant probablement 10 000 ans dans les refuges des terres émergées de la Béringie, qui joignait à l’époque le continent Eurasien et le continent Américain, la Sibérie et l’Alaska. Puis, quand a commencé la fin de la période glaciaire et que les glaciers qui recouvraient le Nord-Ouest du continent américain ont commencé à reculer, les premiers immigrants posent le pied en Alaska.

Ils semblent que la totalité des amérindiens qui vivent aujourd’hui en Amérique Centrale et en Amérique du Sud, sont les descendants de ces premiers immigrants qui avaient gagné le Chili il y 14 600 ans.

Puis, puis plus tard, plusieurs vagues de nouveaux immigrants venus d’Asie se sont mélangés aux populations de premiers immigrants venus en Amérique du Nord, et ont donné naissance à une partie des Nations qui vivent aujourd’hui aux États Unis et au Canada. On estime aujourd’hui que lors de l’arrivée de Christophe Colomb, la population du continent Américain comptait une centaine de millions de personnes dont 10 à 12 millions vivaient sur le territoire actuelle des États-Unis.

On estime qu’il y avait plus de mille langues différentes.


Carte Viking — 1440

Beaucoup de Nations en Amérique du Nord s’étaient donnés pour nom « les hommes », ou « le peuple ».
Les Lénapes, encore appelés Delaware [1], se nommaient les Lénilénapis : « les Hommes Vrais ».
Les Cheyennes se nommaient les « Tse-tsehese-staestse » : « les Êtres Humains ».
Les Apaches : « le Peuple ».
D’autres s’étaient définis comme un peuple particulier parmi les autres :
les Hopis comme « Le Peuple Pacifique » ;
les Arapaos : « Notre Peuple » ;
les Mandan : « le Peuple sur la Rive » ;
les Cheerokee : « Le Peuple des Cavernes ».
D’autres encore s’étaient nommées en référence à un comportement :
les Hunkpapas : « Ceux qui campent à l’entrée » ;
les Iowas : « Ceux qui sortent » ;
les Omahas : « Ceux qui vont contre le vent ».

Puis les Européens les renommèrent.

Ils appelèrent « Nez-Percés » la Nation qui se nommait elle-même Koup nimpéou (ou Nimíipuu), « Ceux qui marchent hors de la forêt » ;
ils appelèrent « Black Feet » (Pieds-Noirs), ceux dont les mocassins étaient noircis de cendres, la Nation qui se nommait elle-même Né itsé tapi : « les Vrais Êtres Humains ».
Et lorsque les Européens se sont alliés provisoirement à certaines Nations Amérindiennes pour en combattre d’autres, ils donnèrent à celles qu’ils combattaient le nom que leur donnaient leurs ennemis Amérindiens.
Ainsi la Nation des Tse-tsehese-staestse, « Les Êtres Humains », reçue le nom que lui donnait la Nation Sioux : « les Cha-iyéna » : les Cheyennes, « Ceux qui parlent en langue étrangère » ;
et le nom de Sioux lui-même est un nom que les Colons Français du XVIIe s. ont dérivé de celui que leurs donnaient leurs ennemis les Odawas : « Nado-Ui-Sioux », « Nadou-Ui-Sioux » : « Petits Ennemis », ou « Petits Serpents ». La Nation que ces ennemis appelaient les Sioux se nommaient elles-mêmes « Otséti-Sako-ui » : « les Sept feux du Conseil », mais les Sioux finirent par adopter le nom que les Européens leur avaient donné.

Les centaines de Nations qui peuplaient le continent Américain longtemps avant l’arrivée de Christophe Colomb avaient des cultures, des modes de vie, des modes d’organisation sociale, des religions, des mythes, des rites, des légendes, des chants, des arts, et des langues d’une très grandes diversité. Et leurs récits des débuts, leurs récits de la création du monde, de l’émergence du monde et de la naissance de leur ancêtres, étaient aussi d’une très grande diversité.

carte de Portulan : de l’Océan atlantique et de l’Amérique (Pierre de Vaux)
arnaud maïsetti - 29 avril 2014

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[1note de AM : appelés ainsi par les émigrants

par le milieu

_Amériques _aura & ailleurs _le nom qu’elle m’a dit n’était pas le sien _vies