quelques lignes sur la croyance du temps
2 juillet 2014



Le jour s’organise selon des droites nombreuses qui se coupent, se chevauchent, s’oublient et s’interrompent, reprennent parfois plus loin leurs courses ; droites en travers desquelles je vais ou que j’enjambe, ou contre lesquels je ploie de tout mon corps, et contre lesquelles, oui, je finis fatalement par m’allonger, lentement.

Hier soudain les urgences qui s’apaisent, des courses contre la montre perdues chaque jour ont cessé — dans ces délais à tenir, ces tâches à accomplir avant expiration du temps lui-même, les forces qu’on dépense et qu’on laisse là épuisent d’autres forces, plus essentielles, qu’il faudrait consacrer ailleurs ; mais le chaos qu’organise la vie sociale est sa propre cinétique, le mouvement d’épuisement d’un sablier qui est sa raison même. Il suffisait de crever le sablier plutôt que de le retourner chaque matin.

Dans le film tout à l’heure, on assigne au personnage la tâche de démontrer qu’un théorème prouvant l’inutilité de la vie est vraie : il s’y astreint et peu lui importe ; lui, il attend un coup de fil qui lui dirait le sens de la vie. Dans les deux droites qui se coupent, lui ne voit pas qu’en s’accomplissant, elles trancheraient le sentiment de sa propre vie. Mais quand l’amour vient (il vient toujours) pour rendre les deux théorèmes possibles, il les rejette, simplement ; quand il choisit de refuser de croire, c’est lui qui s’efface, littéralement, et joyeusement. La mélancolie du film est de faire de son refuge le symptôme de ce contre quoi il se bat : le réel y est une force qui vise à détruire le réel.

Moi, je suis sorti très vite du film, et la lumière était haute dans le ciel à midi ; j’ai choisi de ne pas être atteint par cette mélancolie, et j’ai marché doucement en chemin pour rentrer.

Déposées sur les murs, des figures qui doublent la réalité qu’elle convoque. Quand je me pose face à elles, que je les prends en photo, je redouble de nouveau le réel, et j’en fabrique la croyance : du temps que je prends au temps pour mieux le ralentir ; et soudain, le temps n’est pas ce qui passe, mais ce qui me traverse, et qu’en retour je viens déposer (ici).

Ainsi, je continue chaque jour — à l’intersection de droites qui s’éloignent à l’infini.

arnaud maïsetti - 2 juillet 2014

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