cherche, appelle,
26 janvier 2015




« Je ne peux pas me reposer, ma vie est une insomnie, je ne travaille pas, je ne dors pas, je fais de l’insomnie, tantôt mon âme est debout sur mon corps couché, tantôt mon âme couchée sur mon corps debout, mais jamais il n’y a sommeil pour moi, ma colonne vertébrale a sa veilleuse, impossible de l’éteindre. Ne serait-ce par la prudence qui me tient éveillé, car cherchant, cherchant et cherchant, c’est dans tout indifféremment que j’ai chance de trouver ce que je cherche puisque ce que je cherche je ne le sais. »

Henri Michaux

« 

et tu finirais bien par ne trouver que tes mains posées soudain sur la paroi d’un mur que tu n’avais pas vu à force d’avancer ainsi, corps levé en arrière des bras tendus, et sur chaque pas tombé, et sur chaque pas recommençant d’aller au milieu des sirènes, des miroirs, des sépultures et des livres qui dessinent les trajectoires des villes, mais tu es, oui, les yeux fermés, et parfois si tu te saisis d’une de ces choses c’est parce que tu la prends pour une autre, ce n’est pas si grave, il y aura bien un mur quelque part pour dresser sur tes mains la surface invisible des ruines qui sont tout ce qui reste de l’état présent des forces,

bien sûr, ces ruines sont à pétrir comme tout ce qui a fait la force des temps,

partir de ce qui est, non de ce qui manque ; faire avec ceux qui sont là, plutôt qu’avec les absents,

se défaire des noms communs ; appeler à soi les noms propres et les lancer au-devant de soi — comme des boucliers humains, eux qui ne sont pas des boucliers, mais des glaives, et qui n’ont rien d’humain sous la terre où ils sont désormais — pour se donner des forces, non des excuses,

cherche ton nom, celui qu’on te donne n’est pas le tien, rien de ce que l’on te donne n’est à toi — rien à défendre, tout à prendre — ; cherche le mot cherche qui dira : c’est là, peut-être ; cherche ce qui serait contraire à ce que tu es, tous ces je suis qui tombent comme des masques,

sers-toi de toi comme d’une flèche, quelqu’un la ramassera peut-être : en attendant, n’attends pas, »

(Et puis, je me retournais dans mon sommeil, comprenant que je ne me retournais que sur moi-même, dans le désastre d’une nuit qui ne passerait jamais, pensant nous sommes des milliers autour de moi à avoir allongé nos corps sur cette nuit même, et rien ne me rapproche de ces corps, si ce n’est la nuit sur cette ville ; et d’autres marchaient au-dehors pour l’inventer à l’envers de nous ; et je me retournais, dans des phrases que j’oublierai au réveil et que je n’écrirai jamais.)


arnaud maïsetti - 26 janvier 2015

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