La Ville écrite | rage
29 janvier 2015



la force de posséder les mots pour le dire ; le courage d’avoir les mots qui donnent courage — la ville dirait son nom partout sur ses propres murs et ce ne serait pas son nom, seulement le sentiment vague de sa présence en nous, sur ces murs qui ne sont que des manières de crier, de pousser les murs, de ne pas s’en tenir là : alors les mots qui diraient la rage ne chercheraient pas longtemps avant de trouver un mot où arrêter la rage même, qui serait la ville tout entière dans la gorge, et avec rage, avec autour les bâtiments aux linges tendus dans le vide, les enfants qui trainent dans le soir longtemps après la nuit, les voitures de rage aussi et de vitesse, un mot dirait plus que tous les autres parce qu’il appellerait à lui tous les autres, qu’il serait en lui-même la somme de chacun et qu’il les emporterait surtout dans sa propre vitesse, et avec la force de posséder ce mot, on possédait la rage de pouvoir l’écrire, de toute sa main et à hauteur d’épaule pour qu’en respirant les hommes puissent respirer aussi cela, qui serait déposé à la surface du mot, dans la douceur de ce soir où il avait été écrit, où nous le lirions d’un regard avant de fermer les yeux.


arnaud maïsetti - 29 janvier 2015

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