Bob Dylan | Blood on the tracks
15 février 2015




Tunnel dans le quartier de la Belle de Mai, le long des voies ferrées. Une suite de prénoms, chaotique, comme des insultes ou juste une signature d’aucun texte : mais peut-être ces noms sont le texte et la signature à la fois. Ou qu’il s’agit d’écrire la légende du mur, ce tunnel qui est le pont sur lequel les trains s’éloignent dans la ville où ici, on reste.

Et ce mot qui n’est pas un prénom ; ce prénom qui est aussi un nom. Le sang, Dylan.

C’est Blood on the tracks, du sang sur les pistes — celui qu’on cache, ou qui coule en nous et donne vie, impur, qui se déverse, le sang dans la voix pour dire les colères, le dépit, l’amour mort.

J’essaie de me souvenir des premiers mots de Shelter from the storm, je sais que le sang est là, quelque part. En rentrant, je saurai [1].

C’était dans une autre vie, couverte de peine et de sang
Quand la noirceur était une vertu et la route couverte de boue
J’arrivai des lieux sauvages, créature dépourvue de forme.
« Entre », dit-elle,
« Je t’abriterai de l’orage ».

Il ne pleuvait pas, ce jour-là, et j’allais au théâtre — de quoi chercher refuge ? Mais c’était bien un abri, ce tunnel dans le bruit des voitures et des trains, et de la pluie qui ne tomberait jamais ici, et que le sang remplace.


arnaud maïsetti - 15 février 2015

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[1J’aurais voulu me souvenir de Pay in Blood, aussi…

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