Les Filles perdues | Le projet
29 mars 2015



Une prison qui est aussi un couvent, un asile : un lieu hors du monde où l’on enferme des condamnés à perpétuité. Ici, on n’enferme que des filles. Au milieu d’elles, pour les garder, et les absoudre, un prêtre, mélancolique et craint, passe, et impose le silence aux prisonnières. C’est une seule journée, du matin jusqu’au matin suivant. Quatre jeunes filles, coupables aux yeux du monde des pires crimes peut-être, ne rêvent que de franchir les murs, et de s’enfuir.

La pièce est née d’un passage, il y a quelques années, à Cadillac près de Bordeaux dans un château du XVIIe s [1] qui fut autrefois une prison de jeunes filles — prison qu’une nuit elle brûlèrent en 1928, et dont il ne reste rien que les murs, et des entailles, sur le sol, de leurs lits, qu’on devine par centaines entassés là. J’ignore ce qui s’est passé, cette nuit de 1928, et peut-être est-ce à cause de mon ignorance que j’ai eu le désir d’écrire cette pièce et de rêver ces jeunes filles ; ou pour les entailles sur le sol. Peut-être aussi parce que ce rêve est celui d’un théâtre, levé pour qu’on lui échappe, et rejoigne ce qui dehors appelle. Il y a aussi ce silence qu’on imposait à ces filles - écrire pour leur rendre la parole. Il y a cette folie qu’on enferme alors qu’elle est la vie même. Il y a cet endroit qui est comme une allégorie de ce monde-ci, des murs élevés pour protéger la faute, ces murs qu’on dresse en soi : alors qu’il n’y a pas de faute. Seulement la beauté de certaines forces vitales dont chacune des filles est une image, une possibilité, un désir.


arnaud maïsetti - 29 mars 2015

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[1J’avais écrit un texte, un rêve, sur ce château, qui était davantage.

par le milieu

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