Rimbaud | vies imaginaires – #Délires, suites et fin
5 août 2016



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Première publication 10 novembre 2015 [1]
Reprise le 5 août 2016

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Un projet : raconter les vies irracontées de Jean Nicolas Arthur Rimbaud.
Imaginer cette vie dans les silences qu’elle nous a laissés.
Tâcher de soulever à nous les forces réclamées à la vie après sa mort.

Se perdre dans
— le sommaire des textes
— le prologue du récit
— et mes autres rêves autour de Rimbaud

Ici le premier chapitre

[/1891.
Marseille
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C’est un rêve qui dure depuis près de deux semaines maintenant. Jour et nuit, cet automne là, à l’abri du vent furieux, il ne dort plus, il rêve.
Les yeux grands ouverts, il rêve chaque minute de chaque heure. Des rêves étranges. On dit qu’il délire, que c’est la fièvre, qu’elle va passer. Elle ne passe pas. La fièvre qui s’est posée sur lui est désormais sa pensée, son âme et son corps et son sang qui coule à grosses gouttes le long de son front jusqu’à ses lèvres qui les boit toutes.

On lui dit Ce n’est rien, ne t’en fais pas, dors maintenant. Comment dormir quand de tels rêves l’assaillent et que le vent dehors se déchaîne ? Des chiens, des forêts, des déserts. Des amours immenses et perdues. De l’or qui tombe du ciel comme de la sueur, une pluie d’or qui donne soif.

Il rêve.

Ce n’est pas sa vie qui défile, mais des images affolées d’autres vies que la sienne, des désirs de vies qui le sidèrent.
Ce sont des cascades insensées. Des monceaux de cadavres. Sous ses pieds, de la terre étendue qui se fend.
Les rêves par centaines défilent dans un long cortège de terreurs et de beautés. Un seul et même rêve pulvérisé à la place d’une réalité abjecte.
Depuis dix jours, son corps déjà en décomposition de son vivant dégage une odeur de putréfaction ; on a renoncé à ouvrir la fenêtre à cause du vent terrible dehors, l’odeur est maintenant tenace. Mais dans le rêve, d’autres parfums remplace pour lui cette odeur : jasmin, paille brûlée, encens.

Au début, il racontait ses rêves aux visiteurs qui venaient le voir, mais il a vite compris que ces visiteurs faisaient partie des rêves, alors il s’est tu et se contente de rêver.
Des caravanes vers Chao. Des chiens encore et des cadavres d’éléphants dépecés. De l’ivoire qu’on arrache et l’or qu’on en tirera sur les marchés du Harar. Des fusils qu’on transporte. De la fatigue qui rend vivant. De la mort qui n’attendra pas.
Il rêve tout cela à la fois et parfois ces rêves lui arrachent des cris.
Personne pour les entendre.
Personne sauf Isabelle, sa sœur ; c’est-à-dire personne. Isabelle est là, le matin et le soir ; là pour lui faire lecture de la Bible et du journal – quelle différence –, du courrier qui lui parvient encore. Là pour répondre et écrire à sa place, là pour noter la dictée qu’il murmure dans ses rêves : qu’on l’attende surtout, qu’on soit convaincu de son retour, qu’il se rétablit lentement.
Au fidèle Djami, aux camarades restés en Afrique, Savouré, Tian, Illg et Pino, Brémond, il leur dit : J’arrive. On lui répond dans des lettres pleines d’affection Nous t’attendons. Quand tu reviendras, on te mariera. Viens.

Lui, allongé sur le dos, immobile, connaît toutes les douleurs. La fièvre délire en lui seule. Il rêve continuellement dans les frissons, l’étouffement et l’effroi d’une mort incessamment imminente. Oui, là-bas, il est vrai qu’on l’attend pourtant. L’Afrique est de l’autre côté de Marseille, il suffit d’enjamber la mer. Mais dans son lit, quand il soulève les draps, il ne voit plus qu’une jambe, et elle est aussi inerte et dure que du bois. Il pleure. Il dit On m’attend pourtant.

Parfois il se dresse, il hurle Il faut se dépêcher. Préparer les chameaux, tenir les écritures, faire les lettres. Vite. On nous attend, vite, il faut fermer les valises, Djami hâte-toi, nous arriverons en retard. Djami, je t’en prie, je t’en supplie, hâte-toi.
Dans un sanglot, brutalement, il lâche encore Pourquoi m’a-t-on laissé dormir ? Pourquoi ne m’aide-t-on pas à m’habiller ?
Il s’effondre.
Que dira-t-on si nous n’arrivons pas au jour dit ?
Il se tait. Il ne dit pas quel jour. Le sait-il ?
Et il pleure. Il murmure à Djami : Je vais être en retard.

Mais Djami n’est pas là. À côté de lui, c’est Isabelle qui répond, Isabelle sa sœur venue des Ardennes à sa demande dans ce sud chaud qu’elle exècre comme elle exècre le vent d’ici, ce Mistral qui rend fou, Isabelle qui dit : Repose-toi.
Le soir, elle écrira à leur mère : Ce qu’il dit, ce sont des rêves. Elle ajoutera, pour cette mère qui ne répondra jamais, pour nous alors, penchés sur ces lettres comme sur un cadavre opéré vivant par le délire : C’est un être immatériel presque, et sa pensée s’échappe malgré lui. Il achève sa vie dans une sorte de rêve continuel. Il dit des choses bizarres, très doucement.

Dans sa chambre, seul, il hurle.

Il faut changer les draps tous les jours à cause de la sueur et des larmes.
Un matin, Isabelle lui lit la lettre que lui envoie le roi Ménélik II, Négus du Shewa, Empereur d’Éthiopie qui lui souhaite la bonne santé. Une lettre d’un Empereur ? Alors c’est bien vrai qu’il délire.
Mais non, cette fois, il ne délirait pas. La lettre porte le sceau du souverain qui lui aussi l’attend.

Les médecins lui disent : Vous vous rétablissez. À Isabelle ces mêmes médecins confient que c’est évidemment sans espoir. Qu’il mourra bientôt. Peut-être demain, comment savoir ? Les médecins ne comprennent rien à ce cas. La mort est sur lui, et la vie résiste. Un cadavre opéré vivant par le délire, comment comprendre ? Les médecins sont les premiers penchés sur ce corps qui disent : on ne comprend rien à cette vie qui continue en dépit du bon sens. Une longue liste suivra, de médecins et de savants et de poètes ou de critiques qui ausculteront cette vie dans les traces qu’elle aura laissées, et n’y entendront rien, ne saisiront rien du sens qui sera tout sauf bon.
Le docteur Trastoul le premier écoute le cœur et les poumons, prend dans sa main la main de l’homme qui jadis, s’il se souvient bien, avait écrit des mots qui avait soulevé à lui ce qui dans la vie la rendait possible, mais le docteur Trastoul n’entend rien. Le pouls est fuyant, labile, irrégulier. Le souffle parfois cesse, parfois s’amplifie. Le cœur se dérobe. La gangrène monte, insatiable.
Non, il ne passera pas l’hiver. Pas même l’automne. Il faut être raisonnable. Préparer l’âme à reconnaître ses fautes et accueillir l’esprit.

Comme au condamné à mort, on ne lui refuse rien. La soupe est chaude et le pain blanc et frais. Lui, dans son lit de souffrance, refuse la compassion et le pain. Derrière la compassion et le pain il sait bien qu’il y a la condamnation, le soin qu’on doit au trépassé du lendemain. Lui refuse la mort parce que la vie en lui n’a pas achevé l’œuvre de sa vie, alors il refuse avec la mort la compassion. Mais en refusant le pain, il hâte la mort : c’est une fatalité sans issue.
La mort n’a pourtant pas besoin qu’on la repousse : elle vient, elle est déjà là qui gagne le corps et monte le long de la jambe inerte, gagne le ventre, les bras, bientôt le cœur.

Isabelle dit Mange. Demain tu recevras la visite de l’abbé Charlier, il te faudra confesser.
L’abbé Charlier vient.
Que lui dit-il ? La porte restera fermée sur Isabelle.
Allongé dans son lit, il voit sans doute l’homme en aube noire approcher. Est-ce Dieu le Père lui-même ? On ne sait pas ce qu’ils se disent.
Quand l’abbé Charlier sort, il ne donne pas de détails. Il racontera seulement la grande faiblesse du corps.
Avec des mots timides, il racontera aussi comment, les yeux fermés, l’homme a vomi l’hostie dans ses derniers crachats.

On lui dit : Sois raisonnable.
Il pleure et dans ses larmes, Isabelle viendra lire le salut et la foi, la foi dévorante et véritable, l’adoration de Dieu, la force de s’être reconnu pécheur, la conscience réunie auprès de celle du Christ Sauveur. Elle recueille les larmes et lit en elles ce qu’elle viendra lire ensuite dans les vers qu’il aura laissées.
Elle voudrait déchiffrer ce que le docteur Tratsoul n’avait pas su lire.
Face à l’énigme, il n’y a que deux réponses : celle d’Œdipe devant le Sphinx, ou celle d’Isabelle penchée au-dessus de ce corps. L’homme ou Dieu : deux réponses qui sont aussi deux façons de refuser de répondre. L’énigme que propose le corps de celui qui, allongé dans son lit, pleure et tremble dans son délire, est labile et fuyant, c’est un fait. L’odeur qui se dégage de son corps est inhumaine, et ses paroles délirent la peur sacrée du vent dans l’inouï, c’est l’énigme.
Isabelle jusqu’à sa propre mort continuera de répondre Dieu à l’énigme de son frère, dessinant sans faute un signe de croix à chaque page, à chaque mot.

Lui avait simplement vomi l’hostie.

Et maintenant il tourne le visage vers la fenêtre, les arbres fous secoués par le Mistral. Dans ses sanglots il étouffe une injure qu’Isabelle n’entend pas ; il voudrait dire que ce ne sont pas des larmes mais de la sueur et du sang qui coule hors de son corps, du sang transparent et salé ; on lui dit Tu délires.
Au-dessus de son corps, dans le bruit des arbres livrés à la folie du vent, Isabelle délire les larmes et la foi intacte.
Et lui rêve encore et toujours. Du Christ brûlé dans le désert de sable, d’un corps transformé en pain et en compassion qu’il vaut vomir, encore et toujours.

Isabelle se lève : elle lui dit Enfin ne pleure pas.
Non, il ne pleure pas, c’est le sang qui ruisselle sur sa peau, blanc et salé. Elle dit Ne parle plus, tu dis n’importe quoi. Elle ajoute encore avec un sourire comme à un enfant Tu délires. Lui voudrait ni se taire ni crier, mais ces rêves lui arrachent des cris qu’on prend pour des larmes.
Isabelle éponge son front et lui demande de se taire. De manger. Il ne mange plus. Il boit la sueur de son front en pensant : c’est mon sang et c’est l’or du ciel qui tombe.
Il tourne la tête vers la vitre de la chambre. Dehors, le vent redouble qui pourrait arracher les arbres. Le ciel est si bleu qu’il semble venir de plus loin, d’Afrique peut-être. Le Mistral frappe la vitre ; il murmure peut-être : le vent veut entrer, qu’on le laisse entrer. Isabelle lui demande de se taire encore, et de manger, de prendre des forces.
Il n’a aucune force, pas même celle de dire non.

Depuis le 24 août il est là, et ce rêve dure. Septembre puis octobre sont passés. La fête des morts est passée aussi sur lui de tout son poids et l’a laissé plus mort que vivant, mais toujours délirant, rêvant mille vies qui l’appellent encore. Et toujours la soif. Et toujours le vent du Nord, et le bleu du ciel du Sud, et la lutte au-dessus de lui. Toujours les cris qui ne cessent de l’arracher à la mort et de l’éloigner de la vie. Novembre est tout entier là dans ses yeux qui délirent une vie et une mort enlacées sur lui.

Alors il ferme les yeux ; les rêves ne cessent pas. Le mal dans le crâne s’est confondu avec le poids de son crâne et la forme de ses rêves, il dit : je n’ai plus mal. Le mal maintenant est partout. Il dit : je ne sens plus ma jambe. L’autre jambe, la jambe que j’ai encore. Et je ne sens plus mon bras droit, ni mon bras gauche. Soudain il comprend : Mon Dieu je ne peux plus bouger.
Il hurle silencieusement les mots qu’il avait écrit à sa mère, il y a quelques semaines :Où sont les courses à travers les monts, les cavalcades, les promenades, les déserts, les rivières et les mers ? C’est déjà une autre vie, si lointaine, comment s’en souvenir ? Il regarde le ciel pour chercher en lui le souvenir des marches et de la fatigue, celles qui entre Charleville et Paris, ou entre Rotterdam et Bruxelles, ou entre Londres et Douvres, à Java, Aden ou dans les hauteurs d’Addis-Abeba le faisaient aller, jour et nuit. Il regarde le ciel et ne trouve que le vent.

Jour et nuit maintenant il rêve qu’il marche, et rêver, cela veut dire qu’il est immobile dans ce lit.

Autour de lui, la chambre de l’hôpital de la Conception ressemble à un bureau de fonctionnaire. Une petite table pour recevoir le courrier, une commode. C’est tout. Une fenêtre minuscule où des fragments de ciels tournoient dans le vent. Un bureau avec un lit qui semble de trop, comme son corps, comme ses membres immobiles posés sur son corps lourd de toute une vie qui cesse. Il voudrait porter la main à sa jambe, la soulever et se mettre debout. Il oublie parfois que sa jambe, on lui a arraché comme l’ivoire aux éléphants. Il oublie que son autre jambe ne le porte plus. Qu’il est immobile dans cette chambre minuscule où il va mourir. Il ne veut pas mourir. Il sait qu’il va mourir.

Il regarde Isabelle qui lit la Bible à côté de lui. Il rêve tellement de revoir Djami : alors il pense que c’est Djami à côté de lui qui veille. Dans ces cris il dit Djami !, et la figure qui lit à côté de lui répond je suis là ; il répète Djami. Djami n’est pas là. Ce n’est qu’Isabelle et Isabelle lit la Bible.
Il regarde le visage d’Isabelle et ses mains, ses cheveux noirs et blancs, ses yeux bleus comme les siens. Comme ceux de leur père peut-être, comment le savoir ? Leur mère a les yeux noirs comme la terre.
Il regarde Isabelle, et de nouveau comme chaque jour depuis deux mois, il la supplie de rester avec lui. Elle dit oui. Elle ajoute sans quitter des yeux le texte sacré : Je reste, ne t’en fais pas, dors. Il ferme les yeux et ne dormira pas avant de mourir et cette pensée pourrait le faire pleurer. Ne pleure pas, dit Isabelle. Sois fort, tu iras mieux.
Il se tait longuement, puis il dit avec tendresse et férocité : J’irai sous la terre et toi, tu marcheras dans le soleil. Les mots sont véritables. Tendresse pour le soleil, et férocité pour tout, la mort, la terre et le vent, lui et Isabelle.

Cette fois il pleure.
Il pleure longtemps et soudain la nuit est là, celle du huit au neuf novembre. Isabelle n’est pas là, elle dort dans un hôtel en ville. Il est seul dans la chambre de souffrance avec ses rêves. Il crie, il ne sait pas pourquoi il crie. La douleur est tellement forte. Chaque battement de son cœur répand dans son corps le poison qui infecte ses membres. Bientôt le cœur sera lui même empoisonné.
Dans ses rêves, il voit alors le visage de son père dont il n’a aucun souvenir.
Il crie encore.
Il ne sait pas quoi. De ses lèvres sortent tous les cris possibles.
Il crie pour le chasser.
Il insulte. Son père et Dieu, et la terre et les femmes, et les hommes et tout ce qui respire, et les fleurs, et les chiens. Se souvient-il des paroles de la femme de Job dans le livre Sacré ?

Dans son cri quelque chose s’échappe.

Ce qu’il y avait dans ces cris, ces jours passés, se figent alors dans un long cri qui le dévisage.

Silence.

Il regarde autour de lui.

La fièvre semble cesser.
Dans le cri qu’il vient de pousser, il y a la réponse à sa douleur. Et il y a la certitude de pouvoir la surmonter. Il y a la consolation et la rage d’être sauvé. Il y a l’insoumission des rêves, la force d’en être maître et possesseur. Il y a surtout la beauté des départs qu’on décide comme d’une vie qui s’est tout entier logé dans ce cri.
Il sourit.
Demain, il dictera une lettre, c’est décidé.

Cette nuit là il s’apaise.

Il ferme les yeux.
Et pour la première fois il va dormir.

C’est une longue nuit peuplée de rêves effrayants, mais une nuit simple et humaine.

À l’aube, ce neuf novembre, il demande à Isabelle d’écrire cette lettre pour lui. Tu l’adresses au Directeur des Messageries Maritimes et tu écris.
Il parle lentement mais avec une telle assurance.
Elle prend une feuille de papier qu’elle pose sur sur ses genoux ; dans sa main droite, elle serre le long stylet noir, dans sa main gauche, l’encrier. Elle est à la dictée. Il dit
« Un lot : une dent seule.
Un lot : deux dents.
Un lot : trois dents.
Un lot : quatre dents.
Un lot : deux dents ».

Il souffle.

C’est une bonne chose de faite. Les comptes sont établis. L’ivoire réparti, équitablement. Peu importe à qui. Son propre squelette peut-être adressé aux quatre vents.
Isabelle est terrifiée. Mais elle écrit. Si cela peut l’apaiser, un peu, et faire taire les cris et les larmes.
Dans une seule et longue respiration, il continue la lettre, en fermant les yeux. Isabelle note sans comprendre.
Monsieur, demande-t-il au Directeur, je veux monter à bord. Dites-moi le prix et le lieu et l’heure où il me faudra monter à bord. Je ne trouve nullement ces informations qui me sont essentiels. Oui, moi, impotent, malheureux, je ne peux rien trouver, le premier chien dans la rue vous dira cela. Envoyez moi donc le prix des services d’Aphinar à Suez. (Aphinar est-il le nom d’un bateau, d’un port ? C’est la dernière Atlantide de cette vie. Une cité lacustre enfouie dans l’ultime délire.)
Il termine la lettre sur cette supplique : Dites-moi à quelle heure je dois être transporté à bord.
Isabelle écrit. Elle dit en elle-même : il délire.
Je t’en prie, dors, lui dit-elle doucement en quittant la chambre, portant cette lettre dictée pour solde de tout compte qu’elle n’enverra jamais.
Lui se retourne vers la vitre et de nouveau il pleure. Ce ne sont pas les mêmes larmes. Il sourit aussi. Il pense au premier chien dans la rue peut-être. Il a de la compassion pour ce chien et de la colère. Mais peu importe. Maintenant, tout est prêt pour le voyage, le dernier voyage. Reste à attendre désormais qu’on me dise l’heure de me présenter.

La journée passe.
Les rêves effrayants ne cessent pas. Lui les regarde maintenant avec le sourire, sans cesser de pleurer cette fièvre qui le ravage.

Il attend seulement qu’on lui dise l’heure d’embarquer.

Il est dix heures du matin, ce dix novembre, et le Mistral souffle davantage.
Le visage posé sur le côté, le corps immobile, il garde les yeux ouverts.

Les rêves cette fois ont cessé en même temps que le délire.

Jean Nicolas Arthur Rimbaud a soudain 37 ans pour l’éternité.


arnaud maïsetti - 5 août 2016

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