La Ville écrite | de quel amour
21 novembre 2015




La route qui monte à la Friche Belle de Mai est un grand livre horizontal coulissé le long des rails qui conduisent à Saint-Charles. L’histoire qui s’écrit sur ces murs se passe d’histoire : des mots arrachés sans doute à la nuit ; pas même des mots, des lettres ; pas même des lettres – des signes inventés comme un secret. Quand je dois aller à la Friche, je prévois souvent un peu d’avance pour prendre des images de ce long mur de plus d’un kilomètre.

Régulièrement, on nettoie les murs. On croit sans doute que ces murs sont sales. On voudrait en recouvrir les violences et les beautés, apurer les comptes, renouveler la pureté raciale de ces murs qui ne tiennent pourtant debout que grâce à ces rages écrites.

Le lendemain, tout est recouvert de mots plus neufs, plus sauvages, plus nécessaires.

Le blanc neuf de la peinture appelle, c’est plus fort que tout. L’immaculé du mur est comme une insulte. Il faut écrire, il faut arracher à toute cette blancheur morte un peu de vie qui la nuit se libère.

Cette semaine, je trouve ces mots neufs. Sonné par les horreurs de la semaine passée à Paris, je lis en remontant la rue des mots d’amour qui prennent chair étrangement.

Cet amour niais et d’enfant, comment le lire ? D’habitude, ce sont des sauvageries, des crachats. Cet amour joyeux si impossible dans les vociférations du monde comme une réponse ? Comme un désespoir ? Cet amour tranquille d’écolier sur cette page blanche de la ville, comment ne pas sourire de sa fragilité, comment ne pas pleurer devant la douceur immense qu’il voudrait appeler, et conjurer les grandes tragédies du siècle ?

Se recueillir devant chaque mot, en puiser la tendresse, en chercher la force, lire à travers cela les insultes aussi et les crachats.












arnaud maïsetti - 21 novembre 2015

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