les rues en sont pleines
22 juin 2006




Tout à l’heure je suis allé marcher – marcher une dernière fois dans la vieille ville. Marche ; quand la nuit s’éternise et prend tout l’espace devant soi, on voudrait s’arrêter et se coucher le long de son corps, ralentir son souffle – peu à peu oublier jusqu’à son propre nom. Souvent c’est cette impression qui en moi la plus tenace tend à recouvrir les autres. J’essaie de passer derrière cette nuit ; trouver un endroit dans l’espace où il y aurait quelque chose à commencer. Il y a toujours de la place pour suivre dans le noir une ombre plus claire à transpercer la nuit. Le tout est d’être à l’affût ; aux aguets. Se tenir prêt. Derrière chaque virage, une route s’ouvre, une autre encore ; des terres où la nuit continue de se déposer – enveloppe l’air et le silence, et l’absorbe ; je n’entends plus rien que la haine des autres en moi, et je recommence à respirer. Voir et apprendre du monde ce qu’il va décider de moi. Je prends la route qui descend vers le port et avant d’y arriver, je bifurque, tourne vers l’est, tombe sur les quartiers où il n’existe pas de nom de rues. Je sens bien que si je ne pars pas demain, je pourrais rester toute ma vie à marcher entre ces blocs de pierre habitée. De part et d’autre de la rue qui devant moi s’ouvre après chacun de mes pas, des rangées de maisons hautes masquant le ciel et détournant les nuages, l’odeur du large ; les maisons tendent leurs mains à mon passage comme pour me toucher, et si je ne me pressais pas, je pourrais sentir leur paume froide et bleue me serrer et m’emporter.


arnaud maïsetti - 22 juin 2006

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