La Ville écrite | poucet
26 juillet 2016



C’était finalement plus simple. Le monde lui-même, devenu plus complexe, labyrinthique, dépourvu de sens et de noyau, l’exigeait. Le pain, les cailloux, toutes les traces qu’on laisse derrière soi pour revenir à l’origine ne finissaient qu’à nous perdre davantage. Les Pères étaient malins désormais : ils brûlaient le monde après nous avoir perdus dans la forêt des signes. On avait fait naître en soi la haine des origines. Alors, au lieu de laisser derrière soi les indices de son passage pour mieux revenir, on avait choisi d’écrire son propre nom sur les murs, au hasard du passage : sans qu’on puisse jamais remonter quelque part. Oui, au lieu d’un chemin retour, le dessin de lignes de sorcières. Au lieu des indices d’un crime à venir : le sang séché de son propre nom qui n’était plus le nôtre depuis longtemps. D’ailleurs, il arrivait qu’on passe devant ce nom sans le voir, ou en songeant que c’était à un autre. Dans ce nom en lettre de sang s’était pourtant déposé le no direction home qui sauvait.

arnaud maïsetti - 26 juillet 2016

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