La Ville écrite | l a r é v o l u t i o n v a i n c r a
16 octobre 2016



Évidemment, il manque des lettres aux récits de notre histoire. Devant les trous de cette histoire, certains pris de vertige restent immobiles sur le seuil, d’autres succombent et plongent, d’autres encore, enjambent. Nous voudrions voir ces trous plutôt comme des espaces vides et des écarts qui font déplacer les désirs et vaciller les certitudes. Nous sommes devant ces lettres manquantes non face à l’énigme de ce qui manque, plutôt comme au défi d’achever l’inachevable. La mélancolie qui est la nôtre est sans mesure devant les rendez-vous manqués, les fautes commises en notre nom, les espoirs déçus. Mais les lettres tombées au champ d’honneur d’une simple affiche suffit à dessiner un projet : charge à chacun de s’envelopper des lambeaux d’un passé sans avenir, pour fabriquer patiemment du présent, peut-être. Nous sommes face à ce qui manque, mais sans nostalgie. Nous ne sommes pas devant ce qui se déchire : plutôt ce qui est déchiré, en nous-mêmes, dont nous sommes de part en part constitués. Nous sommes un peu de ces lettres arrachées et un peu de ce qui demeure encore en ces lettres perdues, ou conservées au hasard. Nous ne croyons pas au hasard. Nous ne croyons en rien d’autre qu’au présent, un regard posé sur une affiche, qui délire lentement et fait de ce délire la tâche qui aura justifié ce jour. Nous sommes ce jour aussi, et ce qui le recommencera.


arnaud maïsetti - 16 octobre 2016

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