Paul Celan | Psalm
4 janvier 2017


Je cherche les mots à poser sur l’année qui commence – je lis désespérément Ingeborg Bachman, et Genet, et c’est dans Celan que je les trouve : ce psaume qui dit la grâce adressée à l’absence, non pour le vide, mais pour la plénitude de ce qui reste à accomplir. On a grand besoin de remèdes contre les transcendances, les fatalités, les catastrophes : on trouve secours dans l’appel à ce qui fait le vide pour laisser toute la place à l’action. Commencer l’année sous ce psaume : et s’adosser à lui pour y trouver le courage d’aller, et de faire face.

Images : descendre la ville, le dernier jour de l’an, dernière allégorie sans clé

PSALM

Niemand knetet uns wieder aus Erde und Lehm,
niemand bespricht unsern Staub.
Niemand.

Gelobt seist du, Niemand.
Dir zulieb wollen
wir blühn.
Dir
entgegen.

Ein Nichts
waren wir, sind wir, werden
wir bleiben, blühend :
die Nichts-, die
Niemandsrose.

Mit
dem Griffel seelenhell,
dem Staubfaden himmelswüst,
der Krone rot
vom Purpurwort, das wir sangen
über, o über
dem Dorn.

in Die Niemandsrose, 1963


PSAUME

Personne ne nous pétrira de nouveau de terre et de limon,
personne ne bénira notre poussière.
Personne.

Loué sois-tu, Personne.
Pour l’amour de toi nous voulons
fleurir.
Contre
toi.

Un rien
nous étions, nous sommes, nous
resterons, en fleur :
la rose de rien, de
personne.

Avec
le style clair d’âme,
l’étamine désert-des-cieux,
la couronne rouge
du mot de pourpre que nous chantions
au-dessus, au-dessus de
l’épine.

in La Rose de personne, 1963


arnaud maïsetti - 4 janvier 2017

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