ciels de traine, formes du monde
27 avril 2017




Comme un chemin en automne : à peine est-il balayé qu’il se recouvre à nouveau de feuilles mortes.

Kafka, Aphorisme

You ain’t going nowhere, reprise de cette chanson de Bob Dylan, par Marketa Irglova, Glen Hansard & Marketa Irglova (Les nuages sont rapides/ La pluie ne tombera pas/ La porte ne se fermera pas/ La grille est gelée/ Ôte de ton esprit ce temps hivernal/ Tu ne vas nulle part…)


D’ici, au milieu de tout ce qui forme le jour, une façon de voir les choses est de prendre le point de vue des nuages : ce qui traverse, passe, donne l’impression de s’éloigner, mais qui s’approche — de quoi ? —, ce qui s’invente, change d’allure et de forme, de visage plus souvent que de ville et de cœur, chameau, belette, baleine – à peine nuages, la possibilité de la folie, presque.

Soit 10h03 : dans la même minute, saisir au vol ce qui s’éparpille.

Et se donner rendez-vous de l’autre côté.











L’ai-je bien traversé ?

La révolution des astres n’est d’aucune leçon : on le sait. Impression tenace que c’est le soleil qui tourne autour de soi. Mais il y a une autre leçon : les chemins que le ciel prend pour traverser sa propre obscurité.

Oui, il faut désapprendre les lois qui nous entourent. Refuser ce monde devient de salut public, et faire de l’acquiescement un refus : mais les refus prennent tant de formes eux-aussi, et les mêmes mots servent à dire leur contraire, tandis que les situations demeurent, se répètent : est-ce qu’on arrivera de l’autre côté ?

D’ici dimanche prochain, combien de nuages passeront ? Le chiffre compte peu : personne ne se mettra d’accord sur ce chiffre.

On votera, évidemment, et sans hésitation, oui, pour ma part : prendre chacun sa part. Mais sans rien déposer dans ce vote autre chose que ce rien d’autre – une manière d’être contre, encore, et encore, puisqu’il semble qu’il n’y ait plus que cela à opposer. On sait au moins cela : les formes du monde qu’on refuse absolument.

Voilà l’organisation des choses, d’ici : on apportera notre acquiescement à ce qu’on refuse. Et on l’apportera deux fois qu’une. Et après ? Après, on aura notre refus pour seule peine — et tous les jours ensuite pour chercher d’autres formes que pourrait prendre ce monde.


arnaud maïsetti - 27 avril 2017

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