d’Auckland à Nîmes, et retour
29 mars 2018



Tous les matins on met les montres à l’heure
Le train avance et le soleil retarde
Rien n’y fait, j’entends les cloches sonores

Cendrars, La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France


Bob Dylan, On the Road Again

Il pleut lentement et le jour se lève, un peu, sur Nîmes. Il paraît que c’est Nîmes, ce pourrait être Auckland ; ce n’est pas Auckland : la preuve, c’est Nîmes, et il pleut.

Depuis un mois, de Marseille à Lyon, et de Lyon à Paris, de Paris à Auckland, via Singapour, puis vers Wellington et Christchurch, vers Queenstown et Nelson et retour vers Christchurch, Singapour et Paris, et Nîmes – il paraît qu’on a changé d’heure, ici, que c’est le printemps, sous la pluie tandis que l’été s’achève dans l’automne de l’autre côté du monde où j’ai laissé quelque part un peu de peau, des cheveux et mon ombre.

Je ne sais pas ; j’ai compris qu’il pouvait être minuit à volonté sur une face du monde qu’il suffit de choisir.

Depuis un mois, être chaque jour dans une ville différente de l’autre côté du cadran des heures, midi quand il est minuit, fait penser au temps comme à un choix, un possible, un pur désir. Y penser : un jour, tâcher de se décaler soi-même des heures imposées par le monde, la fatigue et les lois sociales. Y penser pour plus tard.

Nîmes est peut-être le contraire d’Auckland et de Singapour, peut-être seulement parce que j’y suis, ce matin, et qu’Auckland, que Singapour, n’est plus qu’un souvenir qui déjà s’efface peut-être.

Un mois sans écrire, ni ouvrir les pages des carnets – c’est aussi une expérience du temps, et comme si le temps passait autrement quand on ne l’écrit pas ; passe-t-il seulement ? Et de quel poids ?

J’ai regardé ce matin quelques photos emportées depuis là-bas – les villes de Nouvelle-Zélande ne sont pas des villes, mais des longues rues qui distribuent à gauche et à droite (et inversement, ici on conduit de l’autre côté, mais lequel ?) : et à Nîmes, hier, y penser aussi – à côté de la Maison Carré, un édifice en verre qui ressemble à une banque, un commissariat ou une médiathèque.

Aux terminaisons des arbres, le miracle de nouveau, du temps qui revient : quelque chose commence. Un mois loin de France, dans le décalage d’un demi-jour entier, et au retour, tout commence donc, encore.


arnaud maïsetti - 29 mars 2018

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