Koltès | entretien 1981, écrire ou l’œuvre de mort
31 mai 2018


Octobre 1985• Crédits : Ulf Andersen / Aurimages - AFP

Je connaissais le début de cet entretien – on le trouve dans le CD distribué avec le bel et déjà ancien ouvrage, Combats avec la scène, avec des diapositives désormais sans doute invisibles… Je découvre la suite de l’entretien ce matin par hasard [1]. Cet entretien nomme mieux qu’on ne le pourra jamais ces liens entre la vie et l’écriture, quand ils sont mis en pièce par l’existence. Étrange de découvrir cette fin – après « je sais très bien que ce n’est pas possible… » [1min38]. Finalement, je n’aurai écrit la biographie de cet auteur que pour tâcher de dire cet impossible : et Koltès l’aura dit, simplement, brièvement, presque doucement.

L’entretien date de 1981, avec Jacques Lemire. Pour quelle radio ? À quelle occasion ? Sans doute pour la mise en scène à venir de Combat de nègre et de chiens que projette Patrice Chéreau pour l’ouverture prochaine, mais qui ne cesse d’être repoussé, du théâtre des Amandiers à Nanterre. À cette date, Koltès est un parfait inconnu ; il est pourvu déjà d’une œuvre lyrique, scénique, mentale qui n’a trouvée que peu d’échos, et qu’il a déjà voulu dépasser : Strasbourg et ses expérimentations du début des années 1970 sont loin. Il a désiré faire la rencontre du monde : c’était en 1978 l’Afrique – les entreprises européennes au Nigeria –, puis dans la foulée l’Amérique centrale – les révolutions sandinistes au Nicaragua, le refuge au bord d’un lac maya du Guatemala. Il en a écrit une pièce : l’affrontement entre ces chiens d’Européens et les Noirs dignes d’être insultés nègres par ceux qui les pillent. Il avait déjà écrit La Nuit juste avant les forêts, – en 1977 –, mais ce monologue va seulement être présenté dans le Petit Odéon – la Comédie Française –, par Jean-Luc Boutté et joué par Richard Fontana. C’est peut-être pour cela qu’on tend un micro à Koltès. Il a 33 ans. Il lui reste toute une vie à écrire : moins de huit ans. Et l’œuvre de mort à venir, face à la vie qui reste, pleine et entière, comptera autant de blessures à arracher à l’écriture pour vivre davantage.


arnaud maïsetti - 31 mai 2018

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arnaud maïsetti | carnets




[1C’est en clôture d’un émission de France Culture récente qui diffusait une mise en voix de Roberto Zucco datant d’octobre 2009, présentée au théâtre de la Ville, dirigé epar Georges Lavaudant (avec Eric Elmosnino (Roberto Zucco), Marilu Marini, Sarah Forestier, Astrid Bas, Pascal Reneric, Alain Rmoux, André Marcon, Irina Dalle, Babacar M’Baye Fall,André Wilms, Frederic Borie, Manuel Lelièvre…) et réalisée par Blandine Masson pour sa mise en ondes.

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