La Ville écrite | La Fin d’une Époque
10 juillet 2018


Les mots écrits à la main – au couteau ou avec les ongles peut-être – sont irréfutables : ils disent une époque et sa fin. L’écrivant, les mots écrivent aussi tout ce qui y a conduit. Ils accomplissent l’époque : témoignent qu’une époque fut déposée là, comme un cadavre dans la terre.

La pierre porte chaque instant de l’époque achevée, anonymement, sur les parois d’une grotte près des Baux-de-Provence où Dante, dit-on, a vu dans les ombres grandies sur les roches les images qu’il arracha de ce lieu pour les déposer dans l’Enfer.

C’est donc la borne d’un lieu, comme à l’entrée d’un village, la pancarte qui la nomme. Voilà, c’est ici que l’époque prend fin, à l’endroit qui dresse la fin, sans regret mais avec quelques remords quand même, en voyant le ciel passé et les désastres à venir.

La fin d’une époque : pas d’autres romans à écrire que ce court récit, de cinq mots. Si, peut-être un autre : celui qui dirait le début d’une autre. Il faudrait d’autres pierres pour cela, et d’autres ongles.


arnaud maïsetti - 10 juillet 2018

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