mer hypocrite, image de mon cœur
28 juillet 2018


Alors, les mers soulèvent leurs eaux, engloutissent dans leurs abîmes les planches ; les ouragans, les tremblements de terre renversent les maisons ; la peste, les maladies diverses déciment les familles priantes. Mais, les hommes ne s’en aperçoivent pas. Je les ai vus aussi rougissant, pâlissant de honte pour leur conduite sur cette terre ; rarement. Tempêtes, sœurs des ouragans ; firmament bleuâtre, dont je n’admets pas la beauté ; mer hypocrite, image de mon cœur ; terre, au sein mystérieux ; habitants des sphères ; univers entier ; Dieu, qui l’as créé avec magnificence, c’est toi que j’invoque : montre-moi un homme qui soit bon !… Mais, que ta grâce décuple mes forces naturelles ; car, au spectacle de ce monstre, je puis mourir d’étonnement : on meurt à moins.

Lautréamont, Chant de Maldoror


Bachar Mar-Khalifé, Ya Nas

C’est à cela que ressemble la fin : à un commencement ? Premier jour de respiration depuis tant, il m’aura fallu cinq jours pour que je revienne d’Avignon pleinement, reprenne pied : comme après une traversée, la terre tangue, la nausée, et le ciel qui tourne autour de soi prêt à s’abattre. On revient. On ne revient jamais vraiment : aujourd’hui, pour revenir, je prends la mer alors, longe la ville pour la rejoindre. Ce n’est pas une image, c’est la traversée du sud vers le centre.

Étrange ville qu’on rejoint par une route lente et instable, plate parfois, remuée par des profondeurs – Marseille est décidément une ville qu’on rejoint toujours, en tous lieux, de partout. De Pointe Rouge vers le Port, c’est la route la plus directe, la plus longue, celle qui s’en détourne et prend le large.

Du Port ensuite, reprendre la route immédiatement vers le Frioul : marcher un peu ici en se disant qu’écrire là aurait du sens – un retrait qui donne aussi un point de vue d’ensemble sur la ville et la situation lointaine des choses ; être forcée de rentrer toutefois, puisqu’il n’y a rien ici, que des plantes et du vent. Les parfums de vigne et les parfums de bière disent la ville proche, si proche : mais écrire ici ? Oui, c’est plus qu’une idée, une tentation, une possibilité politique. Un désir de déchirure qui serait de jonction. Une manière de planter là l’année et d’ouvrir d’autres routes, qui éloignent, qui approchent. Dans le jeu ouvert des contradictions, être celui qui tiendrait de la mer, la reliure ; et de la terre : la promesse.


arnaud maïsetti - 28 juillet 2018

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