regarder le mur faire le monde
27 août 2018


D’abord, regarder le mur, c’est aussi se tourner vers le monde,
c’est en faire le monde.

Maurice Blanchot, De Kafka à Kafka, 1981



Radiohead, Climbing Up The Walls (OK Computer, 1997)



Il existe tant de murs : par exemple, le lundi. Quand depuis dimanche on tente d’observer la situation historique ou la suite logique des événements, lundi se dresse et répand une sorte d’ombre indomptable sur le devenir des choses. On est simplement au pied de ce qu’il faudra bien gravir : un pas après l’autre rend la route possible, et le ciel à mesure qu’on s’approche de lui s’éloigne, mais ce n’est pas vers lui qu’on avance – plutôt pour faire agrandir l’ombre sous nos pas avec le soir.

Des murs grands et profonds, des murs avec des parois qui arrachent les ongles, des murs blancs qui dansent dans le jour avec le soleil, des murs de silence, des murs sur lesquels on se fracasse, des murs abrutis de lumière, des murs lents, des murs toujours plus hauts quand on est juste face à lui, des murs où poser les mains et on appellerait ça écrire, des murs où lancer des cailloux avec l’espoir de les traverser, des murs traversés, des murs qui sont autant de vies, autant de nos vies rêvées, des murs qui sont nos passés aussi, des murs qui nous gouvernent, des murs qui sont sourds comme des murs, des murs rongés par des souris qui entendent tout, des murs murmurant des slogans incompréhensibles, des murs qui sont toute une leçon qu’on ne retient jamais.

Au détour du chemin, d’autres chemins : Sainte-Victoire ne dessine pas la route vers le ciel, plutôt comme un poing rageur vers lui, qui interrompt l’horizon et lui donne forme – comme un lundi, en somme, qui commence une semaine commençant une année. Sainte-Victoire, chemins profanes : sacrés murs qui tomberont bien à force d’aller vers eux, et on réaliserait que ce n’est qu’une route, quand, d’en haut, on verra tout en bas la terre lointaine, et les villes infinies, les désirs d’aller davantage, et la soif, la peur de désirer se précipiter en bas aussi, le vertige : le vertige qui est un autre mur, un autre désir, une autre manière d’envisager l’horizon indéfini des choses un lundi comme celui-là.


arnaud maïsetti - 27 août 2018

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