les présages du possible
30 août 2018



Pour avancer, il faut savoir repartir en arrière. Reculer pour mieux sauter. Remettre le passé en jeu.(…). Contre l’histoire toute faite, « ’faite d’avance », délivrer le « se faisant » du « tout fait » (…), la révolution est alors un « pur présent sans mélange », qui se tourne vers le passé pout y déchiffrer les présages du possible.

Daniel Bensaïd, Une lente impatience (2004)

Radiohead, Present Tense (live CR78)



On ne sait pas si on est avant, ou après : avant que tout ait lieu, de la catastrophe et de ses ravages, ou après, après la fin et qu’advienne que pourra.

C’est peut-être ce qui signe nos jours : l’ignorance d’être avant ou après. C’est peut-être une chance aussi, d’être dans cet interrègne des choses qui nous délivre de la pensée de l’imminence ou de la fatalité, et nous oblige à produire nos propres jours ? Parfois, la pensée se retourne : on se dit que c’est aussi ce qui paralyse, ce qui résigne – et rend la situation si illisible.

Face à la ville, sur les quais, la pensée qu’on était avant dominait ; et avec le jour qui tombait, celle qu’on était plutôt après la remplaçait – vivre dans le balancement des incertitudes.

En équilibre sur les pensées et les fatalités, il y aurait pourtant à faire, et prendre exemple sur le taureau et le lion : regarder où on met les pieds, et un pas après l’autre, fabriquer avec toute cette colère – contre soi d’abord –, une sorte de route, trainée de poudre qui irait desceller les pesanteurs de jours qui voilent.

Ce qui est avant et après n’est pas encore décidé. Et s’il est possible que demain ne devienne pas hier, c’est peut-être aussi parce qu’il est nécessaire que le présent remplace toute cette vie manquante à laquelle on assiste.


arnaud maïsetti - 30 août 2018

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