La ville écrite | nos désordres sont désirs
21 mars 2019



J’ai à peine besoin de te toucher pour que le vif-argent de la sensitive incline sa harpe sur l’horizon. Mais, pour peu que nous nous arrêtions, l’herbe va reverdir, elle va renaître, après quoi mes nouveaux pas n’auront d’autre but que te réinventer. Je te réinventerai pour moi comme j’ai le désir de voir se recréer perpétuellement la poésie et la vie. D’une branche à l’autre de la sensitive – sans craindre de violer les lois de l’espace et bravant toutes les sortes d’anachronismes – j’aime à penser que l’avertissement subtil et sûr, des tropiques au pôle, suit son cours comme du commencement du monde à l’autre bout. J’accepte, sur mon passage, de découvrir que je n’en suis que la cause insignifiante. Seul compte l’effet universel, éternel : je n’existe qu’autant qu’il est réversible à moi.

écrit André Breton sur la peau illisible de ce monde, sur la Plaine et toutes les vallées des larmes, celles de la mort, sur moi peut-être (sur moi sûrement), et il écrit cela évidemment comme une insurrection et contre toutes les lois d’aménagement du territoire possible, des marchés ou des corps, et pour que le régime anarchiste de la vie soit le seul qui vaille, pour le contraire de la leçon, il écrit les mots pour être sûr de les oublier et de les perdre, et pour ne s’occuper qu’à les vivre, et alors que je lis mot à mot le tatouage déposé sur moi, j’apprends un mot après l’autre à les oublier à mon tour, mais oubliant les mots je suis jeté dans ce que les mots n’oublieront pas pour moi, qui deviendront le contraire des mots, plutôt la tâche que le jour accompli en moi, et que j’accomplirais si j’osais sur le jour, la nuit aussi, et j’ose, et j’oublie chaque mot, mais pas l’inclinaison de la sensitive, pas ce vers quoi elle tend, pas les bruits cet après-midi, et dans ce qui se disperse sous l’oubli, ce qui s’invente et n’aura pas de mots, jamais.


arnaud maïsetti - 21 mars 2019

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