François Truffaut | Les mains douces
15 avril 2019


Il prendrait sa main, comme cela, et comme on tâche de sentir le pouls de la vie battante.

Elle répondrait, lentement.

Lui porterait le poids presque absent de l’abandon, mais il se trompe : la main, légère, n’a besoin que de l’air pour être portée, librement.

Ce qui touche est touché : la paume contre la paume prend la forme de l’autre, et tout s’ajuste, cherche à s’ajuster, doucement, précautionneusement, l’apprentissage de l’abandon.

Parfois dans l’entrelacement il arrive qu’on confonde les mains : c’est le risque, le danger - l’amour pris au risque de ce péril-là, de cette violence.

Et quand les doigts s’enlacent contre les doigts enlacés, quelque chose d’un autre corps s’invente soudainement, qui n’appartient ni à l’un ni à l’autre, et qui relève plutôt de la folie douce.

Le film qui commence après cela est déjà accompli. Le vieil homme qui sort de la gare pourrait bien initier le récit, ce que les mains ont raconté appartient au désir qui ne regarde que la vie.


arnaud maïsetti - 15 avril 2019

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