Nom de Pays #1 | Pleure
21 mai 2019



Ils sont — aux dernières nouvelles — 424.

Pleure, ne t’en fais pas, ils dorment la nuit et le jour ils vont, peut-être, regarder le jour jusqu’à la nuit, et dormir. Pleure, sur la carte, on ne voit qu’un territoire aux contours bien marqués. Dans le Jura, au milieu de nulle part, Pleure est sans conséquence : ici, les larmes qu’on verse au milieu de la route n’ont pas d’autres buts qu’elles-mêmes, et c’est bien.

Ils disent qu’on ne sait pas d’où vient le nom : si c’est à cause du marais (plavio) ou du peuple (plebs). Personne n’a osé formulé l’hypothèse que c’est peut-être à cause de pleure, que le village se nomme Pleure. À la conjonction du marais et du peuple, entre les eaux mortes et les êtres perdus, les larmes coulent.

Quand on s’éloigne, on voit Pleure tel qu’en lui-même : un cercle qui rétrécit à mesure qu’on l’envisage. On a presque de la peine pour lui. On pleure.

Est-ce qu’on nomme les hommes d’ici les pleureurs ? Et les femmes les pleureuses ? La mairie de Pleure ressemble à toutes les autres. L’église de Pleure aussi : comme le soleil qui la traverse, et les routes qui nous emportent loin de Pleure.


arnaud maïsetti - 21 mai 2019

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