Quand la nuit vient | Le sursaut #46
1er août 2019



Un corps à demi mort se redressait : ou une femme trop vite dévêtue se jetait sur lui et puis soudain ; ou bien : une salle, pleine, où toute une foule parlait, insensiblement se vidait, et il se retrouvait seul, on frappait alors à la porte : ou bien : poursuivi, il devait courir, tournait un angle de rue : se retrouvait à son point de départ, mais devant un mur – ou bien : on lui plongeait le visage dans l’eau, mais plus il hurlait, plus le silence l’entourait dans les profondeurs de la mer ; ou : une silhouette au loin avançait vers lui, mais ce qu’il avait pris pour son père n’était finalement qu’un enfant décharné qui lui tendait la main : ou bien : c’était sans fin, toujours différent, toujours terrifiant : il se retrouvait finalement toujours au milieu de sa chambre, allongé nu sur son lit, et tout autour le noir du monde l’entourait, il lui fallait quelques minutes pour se rétablir dans l’ordre puissant du temps et des lieux, quelques minutes pour se souvenir de son nom, de la ville qui tout autour dormait, de ce monde et de ce temps qu’il habitait : quelques minutes et s’en serait fini de tout cet oubli, il saurait – toute cette connaissance l’accablerait évidemment, il ne serait que son nom et ce monde ne serait que celui-là –, il saurait tout de son corps, il saurait son passé et ce devant quoi il se tenait chaque jour ; alors, pendant quelques secondes, il se maintenait dans l’ignorance de sa vie, au réveil, en sursaut, il criait : les images qui le faisaient sortir du sommeil lui arrachaient toujours un cri muet et lui donnaient pour la journée entière le regret amer et le manque d’une femme trop vite dévêtue.


arnaud maïsetti - 1er août 2019

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