Un rêve | un projet, la tête dans le mauvais trou
15 février 2010


Depuis novembre 2010, le premier acte du jour après le lever, c’est la transcription de la nuit dans ce qu’elle a lancé et qui est arrivé jusqu’au jour. Notation quasi-automatique (je sais bien qu’écrire est reconfigurer, et la fidélité au souvenir est elle-même une trahison, mais enfin) de ces morceaux de soi dont on se saisit, au matin, moins pour leur donner forme, ou pour les conserver, que pour seulement assister jour après jour à cette vie secrète qui se fait jour quand le corps est abandonné à la fatigue.

Parfois, c’est quelques lignes, quelques images, sans enchaînement ; c’est parfois plus long, comme des secousses qui se prolongent, des coups de tonnerre qui approchent de plus en plus, finissent par tomber en même temps que l’éclair. Et parfois, ces coups de sonde du rêve me laissent en-dehors de moi, comme désarmé : et je note, sans souci de composer.

J’ai longtemps hésité à les recueillir ici, dans mes carnets — parce que l’intime y joue sans doute un rôle qui m’effraie et m’exaspère, parce qu’ici voudrait être un endroit dont j’aurais les clés, et le rêve souvent me dépossède, voire m’abandonne.

C’est en travaillant par ailleurs sur les récits de rêve, leur naissance et leur forme, que je plonge dans des textes — découvre un continent entier (je m’étais limité à Breton, Michaux et Kafka : j’aurais eu tort de m’en tenir là). Un site les recense, (une merveille), et c’est tout un monde, tout un langage, une syntaxe neuve qui m’apparaît.

Là comme ailleurs, ces textes toute cette après-midi ont joué le rôle d’incitation que j’attendais peut-être. Et ce qu’on cherche dans ces récits, c’est moins à les expliquer (à s’en expliquer avec une part de soi plus ou moins avouable) qu’essayer de rejoindre le geste du rêve lui-même, et comme il a parlé en nous, cette langue qu’on retrouve et qu’on n’achève pas.

Je reprends alors là les anciens textes et je compléterai à mesure — ferai des sélections : je garde la main sur ce point là.

J’ajoute que je ne cherche pas à interpréter quoi que ce soit : la psychanalyse a tant voulu occulter le contenu manifeste pour lui faire avouer tel contenu latent, et je m’attache davantage à la surface liquide des choses, mouvantes et devant lequel je suis plus terrifié qu’interrogé.

Il n’y aurait pas, là-bas, tout un espace de récits neufs, et ici, choses de plein pied prises dans le monde réel : mais dans les traverses, la circulation des masses et des histoires, une part de soi arrimée encore au langage sensible du souvenir oublié, de l’oubli même qui se fabrique la nuit : et dans ces trajectoires, se poser entre tout cela, intercepter les énergies.


arnaud maïsetti - 15 février 2010

Licence Creative Commons





arnaud maïsetti | carnets




par le milieu

_écriture du récit _écritures numériques _fantastique _Franz Kafka _Henri Michaux _rêves et terreurs