Quand la nuit vient | Le mal de crâne #54
9 août 2019



Le matin surtout, et en fin de journée : peut-être était-ce la fin de journée qui continuait sur le matin. L’impression d’étau, depuis l’œil jusqu’à la nuque. Il se réveillait dans cette lourdeur. Elle s’estompait rapidement, coulait sur lui avec l’eau brûlante de la douche. Le soir, elle revenait avec la fatigue ; toute la journée tirait vers lui cette fatigue qui se posait sur son crâne et qu’il emportait dans son sommeil. Et chaque matin recommençait le jour.

Parfois, le mal insistait : la fatigue de la veille était plus lourde, ou la nuit plus légère. Autour du crâne toute la journée, l’étau d’une fatigue sans cause. Avec le temps, c’était de plus en plus souvent : ce mal de crâne insidieux devenait alors le sentiment de l’existence.

Il n’était jamais soulagé : même quand le mal de crâne disparaissait, le souvenir était si fort qu’il lui donnait l’illusion de persister. Il rêvait d’en être débarrassé. Finalement, quelque chose dans son corps s’était mis à lui faire défaut, qui était la sensation libre d’être seulement sans douleur.

La douleur n’en était plus vraiment une : elle était le sentiment de son corps.
Il y avait deux moments où le mal de crâne s’oubliait totalement : une seconde avant de s’endormir, et une seconde avant de s’éveiller. Mais il ne conserverait jamais aucun souvenir de ces moments.


arnaud maïsetti - 9 août 2019

Licence Creative Commons





arnaud maïsetti | carnets




par le milieu