Quand la nuit vient | Les soulèvements #59
14 août 2019



Aux premières journées des soulèvements, ses pensées sont incertaines – a-t-il seulement un avis ? On ne saura pas. Les premières journées aussi étaient incertaines : qui parmi nous avait un avis clair, qui pouvait savoir comment tout allait se terminer ?

Il traînait dans les rues, les cinémas, les cafés sombres. La vie semblait continuer, le passé se confondait dans le futur toujours semblable à lui-même, seul le présent s’échappait. Quand la ville autour de lui s’est soulevée, lui traînait dans les rues.

Mais sur les photos qu’il avait prises ces jours-là, quelque chose avait changé : au lieu des murs et des rues vides, c’était parfois des corps, des foules, des marées humaines, et sous les fumées des grenades défensives, on devinait les cris qu’on a tous entendus ces journées-là.

Ses nuits restaient les mêmes, et ses détours, sa solitude. Et pourtant.

Sa solitude n’était pas le contraire des soulèvements, non, ou l’indifférence. Sur les photos qu’il prenait ces jours-là, pratiquement les seuls qui restent aujourd’hui, ce qu’il a saisi des soulèvements était leur vérité, les puissances, le ravage.

Nul hasard ainsi : c’est pendant ces journées qu’il est parti.


arnaud maïsetti - 14 août 2019

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