La Chute des corps #2
28 novembre 2008



II.

La chute des corps
D’un empire écroulé sous son poids
Chaque homme et sa mémoire
Et son souvenir
Son poids lesté aux chevilles de son corps

Chaque parole qui énonce
Voici ce que nous sommes

Une part de cette vitesse
De cette chute
Une part de ces lois

Une part de ce qui la produit
Une part de ce qui la fait tomber encore plus bas
Une part de
Ce que nous sommes
Pour une part retranchée à ce que nous voulons

Et ce que nous refusons
La même peine dans les mêmes couloirs
Les mêmes corps les villes comme des hangars aux portes condamnés
murées veilleuses éteintes les villes comme des dortoirs
Où chacun frappé d’insomnie
Va comme en soi même

Et se perd

Ce que nous savons
Ce que nous portons
Dans nos mains comme des pierres
Au bout de nos mains comme d’autres mains au bout de nos bras
Impossibles à manier
Au bout de nos corps

Ce que nous traversons
Des rues de long en large de la taille de nos villes
Plus grandes et plus profondes que des continents ou des mers étanchées
sous la soif d’explorateurs aux yeux crevés
Nous allons et autour de nous il y a ceux qui sont déjà tombés

Il y a ceux qui
Allongés sous les bancs
Parlent seuls une langue qu’ils sont seuls à comprendre
Qui demandent une autre vie au prix de la nôtre
Et nous passons

Ce que nous tenons
Comme à la prunelle de nos yeux
Dans nos bras notre corps qui s’alourdit minutes après minutes du poids
des minutes passées
Et quand il faudra l’abandonner
Nous se serons pas prêts

Nous ne sommes jamais prêts

Ce que nous pouvons
A peine voir
C’est au loin cette vie qui se prépare et que nous ne rejoignons jamais tant dans la chute les doigts fixés dans l’instant c’est l’instant que nous emmenons avec nous précipitons avec nous du matin jusqu’au soir du soir jusqu’au soir suivant une seule et même seconde que nous roulons d’un bout à l’autre du temps
Chacun sa seconde
Et chacun sa trajectoire

Pour une même chute
Pour une même solitude

— > #III


arnaud maïsetti - 28 novembre 2008

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