le monde est la tombe où le néant pourrit
5 juillet 2021



Le néant s’est suicidé,
la création est sa blessure,
nous sommes ses gouttes de sang,
le monde est la tombe où il pourrit.
G. Büchner, La mort de Danton

Je n’avais plus vu la nuit depuis des mois. Est-ce qu’elle manquait, tandis que je ne savais pas qu’elle me manquait ? Le manque se crée malgré soi peut-être, et fore plus loin que soi. Quand je lève les yeux, la nuit est là toute entière, d’un seul coup, et sans nuance, brutalement dressée pour moi seul. Elle venge. Je la regarde longuement avant de rentrer cette nuit-là.

Journal : ce qui écrit les jours où la nuit n’a pas eu lieu. Ce peut être une définition. Je ne lui fais pas confiance, à elle pas plus qu’aux autres ; journal : ce qui résiste à toute approche possible, ce qui devance toute hypothèse de la nommer, ce qui excède en tout.

Impression ces jours de basculer ailleurs ; ce n’est pas l’été, ce n’est pas la fin de l’année, c’est autre chose — c’est l’approche d’août peut-être [1]. C’est la chaleur désormais accablante et pour deux mois. C’est de n’être pas à Avignon, refuser cette année la folie furieuse et la foule, aussi. C’est l’impression de sortir du tunnel d’un an et demi ? (Mais le tunnel semble se refermer encore, dès qu’une lumière timide se fait, alors, je ferme les yeux). La nuit n’est pas l’envers du jour : mais subterfuge fait pour nous ouvrir les yeux/sur ce qui reste irrévélé tant qu’on l’éclaire, disait le poète — mais reste de passé parmi nous pour nous enseigner la seule leçon qui vaille de l’histoire : qu’on la ramasse, et qu’on la prenne dans nos bras et nos lits, qu’on l’y emporte, qu’on la jette sur le jour pour en prolonger les rêves.


arnaud maïsetti - 5 juillet 2021

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