défaites
25 mars 2010



Et au matin, dans le train qui m’emmenait, le jour a fini par se faire : s’établir, défaire dans la même temps ses possibilités — défaire en moi le nœud coulant du jour précédent.

Et tout autour, terre de désastre : la plaine qui défilait au-dehors sous l’allongement du train a battu en retraite les colères, vaines, éteintes sous le jour qui commençait. C’était le matin qui se faisait sans durée, sans imminence, dans l’après-coup du jour : dans le déjà-là partout répandu en désordre.

Défaite — affaissement (tant de fatigue qu’au moment où l’on voudrait s’étendre, cette heure où je la note, impossible de fermer l’œil) : tout ce jour fait pour le voir tomber en averses, plus tard, dans l’après-midi : et cinq minutes après, le ciel lavé, épuisé — la nuit à son tour tombait dans la ville.

D’avoir fait du jour cela (une heure et demi durant, Balzac d’une main, Kafka de l’autre : essayer de produire les rencontres, de chercher l’avoir lieu des frictions — et l’ai-je trouvé ?), de l’avoir provoqué, comme en duel : et que le jour réponde de lui-même : qu’il se fasse en moi, après s’être défait sous l’averse.

En rentrant, traverser rue de la glacière jusqu’au centre vide de Paris, refaire pour soi les comptes : faire en retour l’épuration des heures qui saura établir la place pour le jour suivant.

arnaud maïsetti - 25 mars 2010

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