défaites
19 mai 2010





One Too Many Mornings, Bob Dylan ("The Times They are a-changing" 1964)

An’ the silent night will shatter / From the sounds inside my mind,
For I’m one too many mornings / And a thousand miles behind.

Les décisions que prennent les autres pour nous, on n’est pas dupes, on sait bien qu’on n’attend rien de personne, que ça ne change pas les pistes qu’on creuse en soi et les ornières partout ; on le sait bien, oui : que ça ne dépend pas de cela, les oui, les non qu’on nous accorde, et quand bien même on sait ce qu’ils coûtent, ce que nous leur devons. Mais tout de même. On revient à la table de travail le lendemain matin ; et on n’est que devant une route de dix kilomètres qu’on commence à peindre avec le dos d’une fourmi.

On s’accroche à quoi ? Vers quoi on tourne la tête pour, oui, aller ?

On s’accroche à des exemples — les plus hauts — ceux qui incitent au plus dense de soi quelque chose de plus bruyant que soi, qui exige. On se tourne un peu tremblant vers les coins de rue tournés où quelqu’un, peut-être, va passer, a passé : et basculé avec la nuit toutes les habitudes, les convenances, et l’ordre des jours jusqu’au dernier — un matin de trop, ce matin, oui mais : c’est celui d’hier qui ne comptera plus — on se penche et on tomberait bien s’il n’y avait pas le désir de tomber.



One Too Many Mornings, Bob Dylan (Live "The Royal Albert Hall Concert" 1966)

An’ I gaze back to the street, / The sidewalk and the sign,
And I’m one too many mornings / An’ a thousand miles behind.

D’une version du jour à une autre ; dérailler la direction : on a de grands exemples, et comme on a tous les désirs, on suit de plus grands encore, et on s’y tient : on s’y place. Alors, d’une chanson minuscule, j’aime l’entendre sonner comme le tonnerre. Et que vienne après la pluie (la pluie, la pluie, la pluie)



One Too Many Mornings, Bob Dylan (Live "Hard Rain" 1976)

You’re right from your side, / I’m right from mine.
We’re both just one too many mornings / An’ a thousand miles behind.

À la surface de cette roche, j’y ai lu mon visage, et j’ai voulu posé ma main pour voir : j’étais sûr que les creux de la paume correspondaient, parfaitement. Une autre version du jour encore — à la surface de cette roche, j’ai vu tous les crachats qu’on inflige aux défaites, aux grandes défaites, les immenses et vivantes défaites —

celles qui, au soir, n’ont pas dit leur dernier mot.


arnaud maïsetti - 19 mai 2010

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