la route la plus solide possible
2 juin 2010




Rocks and gravel (Adapté de McGee/Carr) (Bob Dylan, "The Gaslight Tapes [Live]" (oct. 1962)

Takes rocks and gravel baby,
To make a solid road,

Il prend quelques pierres et du gravier, et il construit une route solide : et qu’importe la direction si les pieds peuvent avancer sans s’enfoncer sous la pierre et sous le gravier : oui qu’importe vraiment.

On peut arracher les cailloux à la montagne : on ne sera pas les premiers. Mais sur celle-ci par exemple, il semblerait (bizarrement) que ce soit l’inverse. Que c’est la montagne qui s’est servi de l’église pour s’élever. La pierre polie, les arcanes, les voûtes, rien ne manque. Ou alors la montagne s’est dressée comme ça. Sur les bords, elle a bien mangé un peu de voûtes, mais elle a laissé apparente les parois des prières.

Manque le toit peut-être — mais ici, on n’a pas besoin de toit.

Sur la route qu’il vient de construire, avec toutes les pierres et le gravier qu’il a rassemblé, il voit bien qu’il a deux directions. Laquelle l’emmènera — c’est autre chose. Pour le moment, il se tient là, il lui reste encore quelques pierres et du gravier, alors, il la prolonge, des deux côtés à la fois.

Devant la montage transformée en église, et inversement, je lève la tête avec plus de solitude encore et moins de mots dans la bouche. Je n’arrive même pas à toucher la paroi. Peut-être que si j’y parvenais, une part de moi se changerait en montagne (ou en église).

Avec des mots et un peu de silence entre, on bâtirait des longues phrases qui emporteraient ; je voudrais le dire différemment mais c’est quand j’entends la chanson que cela m’apparaît si simplement : non, on ne cherche pas à écrire un livre, seulement des phrases qui raconterait bien le lieu que traverse la route : et quant à la direction, elle n’est pas notre affaire ; il faut juste s’atteler à rendre cette route la plus solide possible.

Comme sur le filet de voix du type qui chante, qui ne sait pas où ça le mènerait, mais qui tient sa voix le plus longtemps jusqu’à ne plus pouvoir respirer.

Et sur quelques notes pincées, sous quelques coups de pioches plus assurées, quelques points posés au bout de quelques phrases — élever des voûtes à l’horizontal du sol : rendre la route la plus solide possible.

arnaud maïsetti - 2 juin 2010

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