lignes de partage
14 septembre 2010





City middle (The National, ’Alligator’, 2005)


Des heures puis des heures au fil
de mes yeux, aux prises avec eux
sillonnant les terres de personne
les poumons soufflant comme une avenue
(…)
les bulletins annoncent
qu’aucune localisation n’est en vue
pourtant je vois ce que je vois

Gaston Miron, L’homme rapaillé (’réduction’)

Lentement le soleil bientôt de l’autre côté — densité des choses les plus âpres, éprouver chaque matin dans le corps qui lance les lignes de partage : partout les lignes de partage.

Choisir son camp — de part et d’autre de la ligne, les raisons d’en découdre : de part et d’autre, on est d’un côté ou de l’autre de la ligne ; c’est ainsi. Se situer. Parler depuis. Danse au-dessus d’un précipice, le vent choisira pour toi. Et si on choisissait le parti pris du vent ?

Mais ça ne marche pas comme cela. On a beau tenté de dire : mais je ne marche pas (je danse). On prendra cela pour de la résignation ; de la fuite. On prendra cela pour de la soumission. Il n’y a qu’à être pour ou contre, il n’y a qu’à se dire : d’accord pas d’accord.

C’est que — je lui disais — ce n’est pas affaire de convictions, les convictions, je les ai (je les garde) : mais prendre position, c’est la tenir ensuite, et cela, non, j’en suis incapable (trop léger, sans doute, je m’envolerai et tu as bien vu au premier coup d’œil que j’étais trop léger) — et moi, de toute manière, aussi, je suis pour la défense.

Je rêve inefficacement au syndicat international (pour la défense des loulous pas bien forts, fils directs de leur mère, aux allures de jules plein de nerfs, qui roulent et qui tournent, tous seuls, en pleine nuit, au risque d’attraper les maladies possibles). Je rêve et les positions pendant ce temps-là ont bougé, et je suis de l’autre côté. Et je peux regarder de part et d’autre des choses.

Soudain, je suis la ligne même, soudain je suis le cyclone au milieu duquel les choses bougent : c’est à cela que je rêve, et je suis, parfois, le rêve. On ne demande pas quel est le point de vue du rêve. On ne demande pas son avis. On le laisse raconter. On le laisse basculer sans fin dans le néant des pensées comme à sept heures du soir au-dessus de la mer la couleur qui tire, et tirant amenant à elles toutes pensées et le rêve avec elle, et moi.

On se retourne, et lentement le soleil de l’autre côté.

arnaud maïsetti - 14 septembre 2010

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